lundi 2 novembre 2020

La nuit dans le cimetière (conte)


 

Il était une fois un riche paysan qui ne pensait qu’à accumuler les biens, sans se préoccuper de ceux qui étaient pauvres.  Un jour, comme il contemplait son coffre-fort, on frappa à sa porte.  C’était un de ses voisins, un homme très pauvre, qui avait beaucoup d’enfants à nourrir.

·         Mes enfants ont faim, dit le pauvre paysan. Je viens vous prier de me prêter quatre mesures de blé.

·         Un rayon de soleil réchauffa le coeur de glace du riche paysan, ou bien, peut-être eut-il un pressentiment.  Toujours est-il qu’il répondit :

·         Je ne vais pas te prêter quatre mesures de blé. Je vais t’en donner huit.  Mais je veux que tu me promettes que, lorsque je serai mort, tu veilleras pendant trois nuits auprès de ma tombe.

·         Cette condition ne séduisait pas le pauvre paysan, mais il accepta et rentra chez lui avec le blé.

Trois jours plus tard, le riche mourut et le pauvre dut tenir sa promesse.  À la tombée de la nuit, il alla dans le cimetière et s’assit près de la tombe.  Les heures s’écoulèrent lentement.  Au matin, il rentra chez lui,  La deuxième nuit se passa aussi calmement que la première.  Quand, pour la troisième fois, il se rendit au cimetière, il eut la surprise d’y rencontrer un homme au visage marqué de cicatrices, le corps enveloppé d’un grand manteau qui ne laissait voir que ses bottes.

·         -Que faites-vous là? demanda le paysan.  N’avez-vous pas peur, tout seul dans ce cimetière?

·         Je suis un vieux soldat, répondit l’inconnu. Je veux passer la nuit ici, car je ne sais où aller.

·         Puisque vous n’avez pas peur, dit le paysan, vous allez m’aider à monter la garde près de cette tombe.

Monter la garde, c’est un travail de soldat, répondit l’autre.

Et ils s’installèrent tous les deux près de la tombe.  Jusqu’à minuit, tout fut calme.  Mais, quand sonnèrent les douze coups, le diable apparut devant les deux gardiens.

·         Allez-vous-en, cria-t-il. Je viens chercher celui qui est dans cette tombe.  Si vous restez là, je vous emporte aussi !

·         Vous n’êtes pas un officier, je n’ai pas à vous obéir, répondit le soldat. Nous ne bougerons pas d’ici.

·         Le diable se dit : « avec de l’or, je vais venir à bout de ces deux nigauds. »  Et il leur demanda aimablement.

·         Pour une bourse d’or, vous accepteriez de partir ?

·         C’est à voir, dit le soldat. Mais une bourse, ce n’est pas assez.  Remplis d’or une de mes bottes et nous partirons.

·         Je vais en chercher ! s’écria le diable.

·         Et il partir comme le vent.  Le soldat retira une de ses bottes, et, avec son couteau, en découpa la semelle.  Puis, il pose la botte dans l’herbe, près de la tombe, le talon au-dessus d’une fosse à demi creusée.  Et ils attendirent.  Peu de temps après, le diable était de retour, une bourse d’or à la main.

·         Verse-la dans ma botte, dit le soldat, mais je suis sûr qu’il n’y en aura pas assez.

·         Le diable versa la bourse ; l’or coula dans la botte et tomba dans la fosse.

·         Je te l’avais bien dit, ricana le soldat. Va en chercher d’autres.

Le diable s’en alla et revint au bout d’un moment, un grand sac sous le bras.  L’or coula dans la botte et tomba dans la fosse.  Le soldat plongea la main dans la botte.  Le diable fut bien obligé de reconnaître qu’elle était vide.

·         Si tu ne nous en donnes pas davantage, nous ne ferons pas affaire dit le soldat.

Le diable partit de nouveau.  Quand il revint, il marchait difficilement, le dos courbé sous un énorme sac.  Il en versa le contenu dans la botte qui resta aussi vide qu’auparavant.  Cette fois, le diable se mit en colère et voulut examiner de plus près cette botte.  Au même instant, le premier rayon de soleil levant parut.  Furieux mais impuissant, le diable disparut.  Le mort était sauvé.

Le paysan voulut partager l’or avec son compagnon mais celui-ci lui dit :

·         Partageons plutôt avec les pauvres. Nous leur donnerons ma part.  Comme je n’ai pas de maison, je vais venir habiter chez toi et ta part nous suffira pour vivre heureux.

 

Adapté du conte de Grimm, Milles ans de contes, tome 2, Éditions Milan, 2007, p.409-412

 

https://unebellefacon.wordpress.com/2019/09/15/la-nuit-dans-le-cimetiere-conte/

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