dimanche 13 février 2022

Un conte de la Saint Valentin : La princesse Valentine

 Il était une fois une jeune princesse très belle .Une méchante fée jalouse de sa beauté lui jeta un sort lors de son quinzième anniversaire.

Elle perdit sa beauté, son visage parfait, sa bouche charmante et la blondeur de sa chevelure, la grâce de son corps et devint une fille laide au nez crochue à la bouche édentée , bossue et qui boitait. Son père un grand seigneur, fit venir la méchante fée et lui ordonna de lever son mauvais sort :

-Ah ah ! Non je ne lèverai jamais mon sort !

-Mais enfin pourquoi ? Que vous a- t-elle donc fait ?

-Elle est trop belle pour une humaine ! Cette beauté n'est réservée qu'aux déesses ! Vous avez seigneur enfreint la loi sacrée en vous accouplant à une déesse ! 

-Ma femme était très belle mais ce n'était pas une déesse car les déesses ne meurent pas, or ma pauvre épouse est morte le jour où elle mit au monde ma petite fille !

-Ce fut sa punition pour avoir épouser un humain ! Ajouta la méchante fée.

Et elle disparut laissant le pauvre père affligé.

Il fit appeler les plus grands médecins et mages pour soigner sa fille afin qu'elle recouvrât son aspect originel. Rien n'y fit !

-Hélas mon père ! Je ne pourrais jamais me marier avec un tel visage et un tel corps! Gémissait-elle en pleurant. Ne pouvant être princesse je vais partir de part le monde soigner les malheureux qui auront besoin de moi et qui ne me repousseront pas à cause de ma laideur.

Elle quitta son château et parcourt les routes et les villages proposant ses services, devenant domestique, ouvrière, infirmière, bergère paysanne, et même maîtresse d'école. C'est ainsi qu'après de rudes journées de travail, elle apprenait aux enfants de la ferme, et aux adultes à lire et à écrire, sans jamais rien demander en retour si ce n’était sa portion de soupe de viande de pain quotidien. 

Cinq années passèrent. Elle apprit que le seigneur de la contrée, son père se mourrait. Alors elle retourna au château. On ne voulut pas lui ouvrir les portes.

-Je suis la princesse fille du seigneur !

-Un laideron pareil ? Princesse ! Tu te moques de qui ? La princesse est morte voilà cinq ans ! Lui dit un soldat en la repoussant.

-Cela ne se peut ! C'est moi !

L'homme ricana. La jeune fille lui montra alors la seule chose qu'elle avait gardé de son enfance : la médaille d'or avec le blason du seigneur 

-Et cela vous la reconnaissez ?

L'homme s'approcha et lui arracha la médaille en hurlant :

-Voleuse !  Elle a volé la princesse et l'a surement tuée  après !

On l’arrêta et on la jeta dans un cachot.

-Je veux voir mon père ! Hurlait la pauvre fille 

Elle fut conduite dans une cellule insalubre éclairée par la lumière du jour qui pénétrait  à travers une petite lucarne. Elle se mit à pleurer. 

-Père, je ne vais jamais vous revoir comme je regrette de vous avoir laissé !

A travers ses larmes, elle vit une colombe qui s'approcha d'elle tenant en son bec une petite fiole qu'elle laissa tomber à ses pieds. La jeune fille la prit, l'ouvrit se versa un peu de cette eau parfumée. Elle sentait bon. Sa main devint toute rose et lisse. Elle prit encore de ce parfum, le mit sur son visage, sur des cheveux. Elle ressentit une impression de bien-être. Elle humidifia sa bouche. Elle sentit les dents manquantes reprendre leur place. Comme il restait encore de cette eau bienfaisante, elle se déshabilla et se frictionna tout le corps.

Miracle son corps reprit l'apparence d'avant. Les quelques gouttes qui restaient, tombèrent sur ses vieux vêtements déchirés et se transformèrent en une  robe neuve simple sans dentelle ni ornement. La métamorphose était terminée lorsque la colombe revint et laissa tomber à ses pieds une clé.

L'oiseau ne dit rien car les colombes ne parlent pas, mais la jeune fille entendit une voix lui murmurer :

-On ne voit bien qu'avez le cœur ! Je suis ta mère ! Ton père est malade. Il faut que tu sois prêt de lui pour l'apaiser .Va à présent. Attention cependant à ne pas éveiller les soupçons de la fée jalouse. Vis cachée dans la discrétion, elle te croit morte. Oublie ta condition de princesse et reste une simple jeune femme au service du peuple et de la bonté.

La jeune fille ouvrit la cellule. Tous les gardes dormaient profondément. Elle sortit du donjon, traversa la cour et monta jusqu'à la chambre du seigneur. Elle y pénétra. Près du lit du mourant, dormait sur un fauteuil un jeune homme, près de lui les ustensiles du médecin.

-Père ! Père je suis de retour.

-Ma fille c'est bien toi ! Comme tu es belle ! Murmura t- il très affaibli. Tu es partie bien longtemps mais tu es encore plus belle qu'avant. Ta robe et ta cape sont bien simples, cependant ...Mais comment as- tu fais?

-J'étais prisonnière dans le donjon quand une colombe est venue me porter une potion qui m'a redonné mon apparence d’antan ! Mais je dois demeurer une fille du peuple pour ma sécurité  et ne pas dire que je suis ta fille!

-Soi! Peu importe si tu t'habilles simplement, si personne ne connait ta vraie  identité du moment où tu demeures auprès de moi !

Le jeune homme se réveilla : il était aussi beau que charmant 

-Seigneur ne vous fatiguez pas ! Mais qui êtes-vous ? Dit- il en dévisagea la beauté qui se tenait au chevet de son malade.

-Sa fille ! Mais chut ! Ne le dites à personne !

- Je croyais sa fille morte voilà cinq ans, partie et disparue

-Je suis de retour et bien de retour ! Vous êtes son médecin alors guérissez mon père !

Le jeune homme n'eut pas vraiment à faire de grands efforts : le retour de sa fille avait guéri le malade de sa longue mélancolie et langueur !

La jeune princesse s'installa au château comme dame de chambre et compagnie du vieux seigneur. Aucun domestique ni bavard ne fit de rapprochement. Tous avaient oublié la belle princesse de quinze ans. La fille du seigneur se fit discrète, cacha ses cheveux sous des bonnets sobres et ne sortit se promener que dans le parc du château.

Un jour, le jeune médecin engagea une longue conversation avec elle :

-Je m'appelle Valentin ! Et vous ?

-Pendant cinq ans : on ne m'appelait pas. Mes maîtres me disaient «  Toi … fais ceci, Toi fais cela « toi » était mon nom.

-Mais comment vous appelaient vos parents, pardon votre père ?

-Ma chérie ma petite !

-Voulez -vous être ma femme ? Ma Valentine ? Si vous acceptez ma main, Valentine sera désormais votre prénom !

-Oui murmura la jeune fille ! Oui je veux bien être Valentine

Le seigneur qui s'était bien rétabli fut ravi de ces épousailles et organisa pour son médecin personnel et sa fiancée sa dame de compagnie un beau mariage. 

Plus tard, entouré de ses petits- enfants et avant de mourir, il fit graver à l'entrée de sa demeure cet adage 

"Pour vivre heureux vivons cachés."





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