samedi 9 juin 2018

Un conte pour les enfants par le Père Marie-Antoine de Lavaur


... sur La Flamme d'Amour du Coeur Immaculé de Marie 
Dans toutes les missions que le Père Marie Antoine de Lavaur a prêché, le jeudi était consacré aux enfants. Pour eux, il a inventé de délicieux contes de fées, comme celui de la petite voiture en or qui mène Henri au Paradis... chute aussi émouvante qu'inattendue. Voici donc le texte de ce conte...

La petite voiture d’or

Le petit Henri est un enfant sage. Chaque matin, quand il se lève, il se met à genoux au pied de son lit, il joint les mains, il ferme les yeux et aussitôt voici qu'une petite voiture d'or est devant lui, et un ange pour lui ouvrir la portière, puis la refermer. La voiture part, elle quitte la chambre, traverse les rues où de petits enfants courent déjà pour jouer, pour aller à l'école. Ils regardent émerveillés et disent: « Mais qu'y a-t-il dans cette petite voiture d'or?» La voiture monte, monte, et les oiseaux qui chantent et les fleurs des champs se disent en la voyant: «Qu'y a-t-il dans cette voiture d'or?» EIle traverse les nuages qui se posent la même question. Mais les stores sont baissés. On ne sait qui est dedans. Puis ce sont les étoiles du ciel, au milieu desquelles passe la voiture plus brillante que la plus brillante d’entre elles. Elles voudraient bien savoir qui se trouve dans cette belle voiture. La voiture arrive au paradis. Les anges s'écartent: “Place à la petite voiture d'or !” La Vierge Marie la reçoit, ouvre la portière, et les anges, les étoiles, les nuages, les fleurs voient sortir.... l'âme du petit Henri. La voilà maintenant aux pieds du bon Dieu qui l'embrasse et la bénit. Le petit Henri est toujours agenouillé au pied de son lit; mais il n'y a que son corps. Son âme est là-haut, au ciel. Dieu la comble de caresses et de cadeaux, dont la voiture d'or est toute remplie. L'âme y rentre de nouveau et revient sur la terre. Henri se relève. Il a fini sa prière.

jeudi 7 juin 2018

Dieu, un ami du silence


Au commencement de la prière se trouve le silence.
Si nous voulons prier, il nous faut d'abord apprendre à écouter car, dans le silence du cœur, Dieu parle.
Et pour être en mesure de vivre ce silence et d'entendre Dieu, il nous faut un cœur limpide car il est seul capable de voir Dieu, d'entendre Dieu, d'écouter Dieu.
Alors seulement, de la plénitude de nos cœurs, nous pouvons parler à Dieu. Et Il écoute.
Mais nous ne pouvons pas parler à moins d'avoir écouté, à moins d'être en contact avec Dieu dans le silence de nos cœurs.
La prière n'est pas censée nous torturer, nous mettre mal à l’aise, nous troubler.
Il faut s'en réjouir à l'avance : parler à mon Père, parler à Jésus, celui auquel j'appartiens, corps et âme, esprit et cœur.
Réfléchissons donc au silence de l'esprit, des yeux et de la langue.
Le silence de l'esprit et du cœur. La Vierge Marie « gardait précieusement tous ses souvenirs et les méditait en son cœur ». Ce silence la rapprochait de notre Seigneur de sorte qu'elle n'a jamais eu à regretter quoi que ce fût. Rappelez-vous ce qu'elle fit quand saint Joseph fut troublé. Un seul mot de sa part aurait dissipé tout soupçon, mais elle ne le prononça pas et c'est le Seigneur Lui-même qui accomplit le miracle d'attester son innocence.
Si seulement nous étions aussi convaincus de la nécessité du silence ! Je crois qu'alors la voie vers l'union intime avec Dieu serait bien dégagée.
Puis nous avons le silence des yeux, celui qui nous aidera toujours à voir Dieu.
Nos yeux sont comme deux fenêtres par lesquelles, le Christ ou le monde parviennent jusqu'à nos cœurs. Il nous faut souvent beaucoup de courage pour les garder clos. Ne disons-nous pas souvent : « Si seulement je n'avais pas vu telle ou telle chose ! » Et cependant nous nous donnons si peu de peine pour surmonter le désir de tout voir.
Par le silence de la langue, nous apprendrons beaucoup : à parler au Christ, à rester joyeux en tout temps et à avoir quantité de choses à dire.
Le Christ nous parle par l'intermédiaire d'autres personnes et, lorsque nous méditons, il nous parle directement.
Dieu est ami du silence. Nous avons soif de trouver Dieu, mais il ne se laisse découvrir, ni dans le bruit ni dans l'agitation.
Voyez comme la nature, les arbres, les fleurs et l'herbe croissent dans un profond silence.
Voyez comme les étoiles, la lune et le soleil se déplacent en silence.
Plus nous recevons dans une prière silencieuse, plus nous pouvons donner dans notre vie active.
Le silence nous donne un regard neuf sur toutes choses. Nous avons besoin de ce silence afin de toucher les âmes. L'essentiel n'est pas dans ce que nous disons, mais dans ce que Dieu nous dit et dans ce qu'il transmet par notre intermédiaire. C'est en silence que toujours Jésus nous attend.
Dans ce silence, il nous écoutera ; c'est là qu'Il parle à nos âmes et c'est là que nous entendrons sa voix. Dans ce silence, nous trouverons une énergie nouvelle et une véritable unité.
L'énergie de Dieu sera nôtre pour bien accomplir toutes choses dans l'unité de nos pensées avec les siennes, l'unité de nos actions avec les siennes, de notre vie avec la sienne.
Mère Teresa

mercredi 6 juin 2018

Le grain de maïs Manfeï Obin Olivier Charpentier (extrait)


Il était un roi qui n'avait pas de descendance et qui en était fort tourmenté. Qui, à sa mort, lui succéderait ? Il parcourut alors son royaume et adopta trois enfants qu'il éduqua comme des princes. Un jour, il donna à chacun un grain de maïs : "Celui qui me rapportera la meilleure récolte sera digne de me succéder sur le trône". Les trois enfants semèrent alors leur grain de maïs mais, au bout de quelques semaines, les grains ne poussèrent pas, et il fallut bien revenir l'expliquer au roi.

Les deux premiers fils se virent conseiller d'en acheter un autre, "car après tout, un grain de maïs égale un autre grain de maïs", quand le troisième écouta sa grand-mère : "Si ton grain de maïs ne pousse pas, dis tout simplement à ton père le roi qu'il t'a donné un grain de maïs qui ne pousse pas, c'est tout." Au jour dit, les trois fils se présentèrent devant leur père. Le roi demanda alors à ses deux premiers fils : "Comment avez-vous réussi à faire pousser un grain de maïs cuit ?" Il remit alors sa couronne à son troisième fils, le seul qui par son honnêteté, la sincérité et l’intégrité sera  récompensée. Car "l’intégrité est la valeur suprême qu’il faut à un homme pour guider son peuple."

lundi 4 juin 2018

LE CERCLE DE LA JOIE


Une vieille histoire raconte qu’un jour, un paysan apporte un matin une belle grappe de raisin au frère portier d'un monastère :
– « Frère, voici la plus belle grappe de raisin de ma vigne. Je suis venu pour te l’offrir.
–  Merci ! Je vais immédiatement l’apporter à notre abbé. Il sera comblé par ce cadeau.
–  Non,  je l’ai apportée pour toi.
"Cher frère, chaque fois que j'ai frappé à la porte, vous m'avez ouvert. Quand la sécheresse a détruit la récolte, vous m'avez donné à boire et à manger. Quand j'étais désespéré, vous m'avez écouté... Aujourd'hui, je viens vous apporter le plus beau raisin de ma vigne! J'aimerais que cette grappe vous apporte un peu de la lumière du soleil, un peu de la beauté de la pluie, un peu de l'amour de Dieu."
Le frère portier remercia; il admira la belle grappe et décida de la donner au père abbé qui l'avait toujours encouragé par ses paroles de sagesse.
L'abbé fut très heureux de recevoir la grappe ! Mais il se souvint qu'un frère était malade. Il pensa aussitôt : "Je vais lui donner ce raisin ; il remettra un peu de joie dans sa vie."
Le frère malade fut très touché de voir que l'abbé pensait à lui. Mais bientôt, il se souvint du frère cuisinier : "Il prend soin de moi ; il m'apporte chaque jour ma nourriture ; je vais lui donner la grappe ; elle lui donnera du bonheur."
Le frère cuisinier fut ébloui par la beauté de la grappe et il se dit que le frère sacristain, qui aimait la beauté, serait ravi de la recevoir...
Le frère sacristain, à son tour, fit cadeau du raisin au jeune novice, afin qu'il comprit que l'oeuvre de Dieu se trouve dans les plus petits détails de la création.
Quand le novice reçu le fruit, son coeur s'emplit de joie. Il se rappela immédiatement le jour de son arrivée au monastère et la personne si bonne qui lui avait ouvert la porte. Alors, un peu avant la tombée de la nuit, il porta la grappe au frère portier...
–  « Mange-les et régale-toi, lui dit-il. Tu passes la plupart de ton temps ici, tout seul, et ces grappes de raisin te rendront très heureux ».
Le moine comprit que le cadeau lui était vraiment destiné, et il goûta chaque grain de raisin un à un, avant de s’endormir d’un sommeil heureux.

Ainsi, le cercle fut bouclé : un cercle de bonheur et de joie qui prend plus de plaisir à donner qu'à recevoir...
 Auteur inconnu

samedi 2 juin 2018

Connais-tu l'histoire de sainte Julienne ?


Orpheline très jeune, elle est recueillie par des religieuses. Elle grandit au milieu du couvent avec sa soeur Agnès. (Extrait de La petite Julienne et le Pain de Vie)

Le coin des enfants : Sainte Julienne et la Fête du saint Sacrement

Julienne et Agnès habitent dans une ferme près de Liège au 13ème siècle. Mais leurs parents meurent et elles sont recueillies par des religieuses s’occupant des lépreux... Elles aiment bien écouter Sœur Sapiens leur lire la Bible et prier mais Julienne s’ennuie de ses parents et aimerait bien avoir un ami. Elle se sent mieux quand elle voit le prêtre élever le pain et dire à la place de Jésus « Ceci est mon Corps ». Lorsqu’il élève l’hostie, c’est comme un feu qui brûle dans son cœur. Elle s'exclame « Ô, Jésus est dans l’hostie, Il essaie sûrement de consoler mon cœur, je voudrais bien qu’il soit mon ami. » Elle aime lui rendre des services, lui parler, lire la Bible et l’imiter. Puis arrive le jour de sa Première Communion. Elle reçoit le Corps de Jésus. Jésus habite dans son cœur, elle est pleine de joie et reste longtemps à prier avec lui.  Quelle douceur, quel bonheur !

Un jour, alors que Julienne prie dans la chapelle, elle voit une grande lumière qui illumine tout son visage. Cela ressemble à une grande pleine lune, ronde et brillante. « Mais il en manque un morceau ! Je ne comprends pas » Julienne trouve cela très étrange, et elle a un peu peur. Elle finit par se demander si ce n’est pas Jésus qui essaie de lui dire quelque chose. « Je souhaite une fête. Celle de ma présence dans le pain, dans l’hostie. » « Oh, une fête ! Mais pourquoi ? » « Vous me priez souvent, et vous m’aimez. Mais beaucoup oublient que je suis présent dans le pain et le vin. Je suis réellement à vos côtés chaque jour. Je désirerais que vous célébriez cela de manière plus particulière une fois par an. Ce sera la Fête-Dieu.» « Le pain de vie ? Pourquoi me dire cela à moi ?" « Julienne, c’est toi que j’ai choisie pour demander à mes amis et à mon Église de fêter ma présence dans le monde. »

« Et comment fait-on pour être l’amie de quelqu’un ? », demande la petite fille. Sapience sourit : « C’est simple : en lui parlant, …en l’écoutant, en lui faisant plaisir,… Puis les amis apprennent à se connaître, se consolent. Et toi, cherches-tu un ami, Julienne ? » « Non, je l’ai déjà trouvé ! » Répond Julienne. Jésus et Julienne deviennent vite les meilleurs amis du monde. Julienne aime rendre des petits services à Jésus, lui parler et en apprendre plus sur lui en lisant la bible. Elle prend exemple sur Jésus et tente de l’imiter. Très jeune, Julienne a compris que Jésus est heureux quand elle fait plaisir aux autres. Elle insiste souvent pour avoir les tâches de ferme les moins reluisantes : Par exemple, elle veut traire les vaches alors qu’elle en a peur. Comme cela, les autres sont contents de ne pas devoir faire le travail !


Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc 14,12-16,22-26


Ceci est mon corps, ceci est mon sang
Le premier jour de la fête des pains sans levain, où l’on immolait l’agneau pascal, les disciples de Jésus lui disent: « Où veux-tu que nous allions faire les préparatifs pour que tu manges la Pâque? »
Il envoie deux de ses disciples en leur disant: « Allez à la ville; un homme portant une cruche d’eau viendra à votre rencontre. Suivez-le, et là où il entrera, dites au propriétaire: ‘Le Maître te fait dire: Où est la salle où je pourrai manger la Pâque avec mes disciples?’ Il vous indiquera, à l’étage, une grande pièce aménagée et prête pour un repas. Faites-y pour nous les préparatifs. »

Les disciples partirent, allèrent à la ville; ils trouvèrent tout comme Jésus leur avait dit, et ils préparèrent la Pâque.

Pendant le repas, Jésus, ayant pris du pain et prononcé la bénédiction, le rompit, le leur donna, et dit: « Prenez, ceci est mon corps. » Puis, ayant pris une coupe et ayant rendu grâce, il la leur donna, et ils en burent tous. Et il leur dit: « Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude. Amen, je vous le dis: je ne boirai plus du fruit de la vigne, jusqu’au jour où je le boirai, nouveau, dans le royaume de Dieu. »

Après avoir chanté les psaumes, ils partirent pour le mont des Oliviers.



 Questions

- Qu'est-ce que la fête de la Pâque et comment cela se rapporte-t-il au Corps du Christ?
- Comment Jésus se donne-t-il à nous avant d'être mis à mort?
- Pourquoi répétons-nous ce repas avec les paroles de Jésus chaque fois que nous allons à la messe?
-Comment puis-je être «pain» pour quelqu'un qui a besoin d'aide?
 - Quand je dis AMEN au Corps et au Sang de Christ, est-ce que j'accueille aussi ceux que je n'aime pas?
- Quel aspect du Corps du Christ Marc m'invite-t-il à approfondir?
-De quelle manière puis-je participer davantage au Corps du Christ?

Petit commentaire


Jésus avait déjà annoncé à ses disciples, par trois fois, sa passion et sa mort. Il va maintenant les annoncer dans le cadre rituel du repas pascal où se mêlent paroles et gestes. Jésus reprend la tradition juive : bénir le pain et le distribuer, bénir la coupe et la partager. Mais il donne à ces gestes un sens radicalement nouveau : en rompant et en donnant le pain, il dit : « ceci est mon  corps », annonçant ainsi que son corps sera « brisé ». En donnant la coupe à boire à ses disciples, il dit : « ceci est mon sang… versé pour la multitude ». Il annonce ainsi le don de sa vie et en fait connaître le sens : créer une alliance (nouvelle) entre Dieu et toute l’humanité. Au Sinaï, c’est l’aspersion du sang des animaux sur l’autel et sur le peuple qui avait scellé l’alliance. Ici Jésus dit que c’est lui-même, sa personne, désignée par son « corps », qui va s’offrir en sacrifice pour rétablir, après la rupture du péché, le lien de vie, désigné par son « sang », entre Dieu et l’humanité. Jésus est mort pour nous comme il a vécu pour nous depuis son entrée dans le monde. La mort a été pour lui le sommet et le couronnement d’une vie toute donnée. De ce don l’eucharistie est pour nous le mémorial vivant.




vendredi 1 juin 2018

Contes et légendes - Conte Africain - L'arbre de vie


La fine poussière de sable, balayée par le chaud vent de la fin d'après-midi, s'élevait en fines volutes ocres et dorées. Le soleil gagnait peu à peu son lit d'étoiles, laissant au ciel ses couleurs orange et rouge. Et les ombres s'allongeaient sur les dunes comme les amoureux dans la paille. Sur la colline qui surplombait le village ceint d'un oasis de verdure, se dressait, fier et majestueux, le Grand Arbre. Aussi loin que les souvenirs des Anciens du village pouvaient porter, le Grand Arbre avait toujours été là, protégeant les habitants contre les tempêtes et les famines, donnant à l'oasis la force de prospérer. La légende, racontée de grand-père à petit-enfant, contée depuis la nuit des temps, disait, qu'un jour, un homme, grand et barbu, était venu et avait posé un soir une feuille au sommet de la colline. La nuit passée, le Grand Arbre avait poussé, puis, avant de repartir, l'homme avait dit : - Ceci est l'Arbre du Partage. Il vous donnera des fruits pour manger, vous abritera des vents de la tempête, et vous protégera des sables du désert. Ainsi vous ne manquerez jamais des biens essentiels à la vie. Mais il y a une condition et une seule, vous ne devrez jamais, sous aucune condition, prendre une de ses feuilles... Sinon un terrible malheur s'abattra sur vous et votre village.

Et l'homme disparut dans les sables du désert. Depuis, de générations en générations, les hommes et les femmes du village prirent soin du Grand Arbre, aux feuilles éternelles et vertes. Partageant ses fruits, s'abritant de sa grandeur, sa force retenant les sables chauds du désert. Ainsi prospéra le village. Humble et généreux... Car c'était l'Arbre du Partage. Tout le monde profitant en égale partie de ses bienfaits.

Puis vint le jour de la différence...
C'était un jour pourtant comme les autres, calme et paisible, chaud et humide. A la seule différence qu'il ne restait qu'un seul et unique fruit aux branches de l'arbre. Deux hommes regardaient le fruit :
- Cueillons le fruit et partageons-le en deux, fit le premier.
- C'est une bonne idée, répondit l'autre. Mais cela ne sera pas assez pour moi et ma famille.
- Moi non plus. Que faire ?
- Que l'un de nous attende un peu, qu'un autre fruit pousse. Ce n'est pas très long, quelques jours.
- Bonne idée.

Les deux hommes se regardèrent. Ils se comprirent sans mot dire : aucun des deux n'avait la volonté d'attendre, ils voulaient tous deux nourrir leur famille. C'est alors que l'un deux eut l'idée de cueillir le fruit et une feuille. Malgré l'interdiction formelle qu'ils connaissaient. Mais ils pensaient que la raison était la plus noble. L'un prit le fruit, l'autre la feuille et la planta dans son petit carré de sable devant sa case.
Le lendemain matin un arbre avait poussé, empli de fruits. Que de fruits...La nouvelle se répandit dans tout le village et bientôt tous eurent devant chez eux leur propre arbre. Chacun avait ses propres fruits, sa propre protection. Tout semblait aller pour le mieux, l'étrange avertissement du grand homme barbu n'avait pas de fondement.
Plus personne ne prit soin du Grand Arbre du Partage. Pour quoi faire ? Chacun avait le sien. Plus personne ne se retrouva au pied du Grand Arbre pour parler et festoyer. Plus personne ne monta sur la colline pour admirer le sable s'envoler et se perdre dans les étoiles. Et tous profitèrent et abusèrent de leur arbre, jusqu'à épuisement. Qu'importe il y avait tellement de feuilles sur l'Arbre au sommet de la colline.
Les jours, les semaines, les années passèrent. Puis un jour, il n'y eut plus aucun fruit sur les arbres. Les villageois les mangeaient plus vite qu'ils ne poussaient.
- Allons chercher des feuilles ! Dirent-ils en chœur.
Les hommes du village montèrent sur la colline. Pendant que les femmes constataient avec effroi que les arbres étaient morts, épuisés, les hommes arrivèrent au pied du Grand Arbre du Partage.
- Il n'a plus de feuille !! s'écrièrent les uns consternés.
- Il se meurt !! pleuraient les autres.
Affolés les hommes, prenant peur, tentèrent durant des jours et des nuits de redonner vie au Grand Arbre. Mais rien n'y fit. Il était déjà trop tard. Le Grand Arbre du Partage était mort.
La famine s'empara du village, les tempêtes asphyxièrent les villageois et les sables du désert détruisirent l'oasis. Apeurés, perdus, terrés dans la dernière case que le désert n'avait pas encore engloutie, les villageois attendaient que la mort les enserre de ses doigts froids.
C'est alors que revint le grand homme barbu. Surgissant des brumes de sables, il apparut au sommet de la colline. Les hommes sortirent de la case et l'implorèrent de redonner vie à l'Arbre du Partage. Promettant à l'homme de faire tout ce qu'il voudrait.
- Pourquoi ferais-je cela ? Je vous l'ai donné sans rien attendre en retour, vous avertissant du danger si vous preniez une feuille... Pourquoi vous donner un nouvel Arbre, vous qui n'avez pas respecté ma parole et laissé mourir le premier ? Interrogea l'homme des sables.
Le silence se répandit comme une nuit sans lune. Une femme s'avança au milieu des hommes qui ne savaient que répondre, et dit :
- Pourquoi ferais-tu cela ? Je ne sais pas... Mais je sais pourquoi tu ne le ferais pas.
- Quelle est cette raison ? Demanda l'homme.
- Tu la connais, c'est celle qui t'a fait nous donner l'Arbre du Partage la première fois.
L'homme sourit et dit alors :
- Peut être ferez-vous de grandes choses, fit l'homme.
- Ça sera long. Mais nous le ferons...répondit la femme
Et elle laissa le soleil percer les nuages et baigner son visage. L'homme ouvrit la paume de sa main et une feuille tomba sur le sable, tout en haut de la colline...