samedi 29 juin 2019

CONTE : Le voyage du saule pleureur


Il était une fois un saule pleureur chevelu qui pleurait à froides larmes, sous la pluie, devant une cour d'école. C'est qu'il était tendre, sous son écorce rugueuse, et la misère du monde lui glaçait le cœur.
Mais les gens ne savaient pas que c'était sur eux, qu'il pleurait. Ils disaient:
- Qu'est-ce qu'il a donc, ce larmoyeur, ce triste sire? Avec ses grandes eaux, on dirait une fontaine!
Certains lui donnaient des coups de pied en passant et les enfants lui arrachaient son feuillage à poignées. Alors un matin, il en a eu assez. Il a rassemblé ses racines, son tronc rugueux, ses cheveux verts, ses larmes froides et il est parti. Il avait entendu parler du jardin d'Éden, où tout le monde vivait heureux, au commencement du monde. C'était là qu'il voulait aller.
Facile à dire ! Il était un arbre ! Personne ne lui avait appris à marcher ! Il trébuchait, il tombait, il se relevait, il retombait, il a eu toutes les peines du monde à quitter la ville.
La première personne qu'il a rencontrée était un paysan qui allait au pré chercher ses vaches pour les traire. Il s'est campé devant le saule pleureur en disant d'un ton furieux:
-Dis-donc, toi, a quoi joues-tu? Tu me prends pour un imbécile? Tu voudrais me faire croire que tu marches! Ça ne va donc pas, dans ta tête verte? Tout le monde sait bien qu'un arbre ne peut pas marcher! Donc un arbre ne marche pas! Je vais t'apprendre à te moquer de moi!
Et il lui a donné une grande volée de coups de bâton.
Le deuxième était un ouvrier qui rentrait à bicyclette de l'usine où il avait travaillé la nuit. En voyant l'arbre qui venait vers lui, il a failli se trouver mal. Il est descendu de vélo en disant :
-Un arbre qui marche! Voilà que j'ai des visions ! Je n'ai pourtant pas bu une goutte d'alcool ! Je dois avoir la fièvre et je délire! je suis certainement très malade !
Il tremblait tellement qu'il n'a pas réussi à remonter sur sa bicyclette. Il a continué son chemin à pied, il s'est mis au lit en arrivant et sa femme a appelé le médecin.
Le troisième allait au marché dans sa camionnette. Il a dit:
-Qu'est-ce que je vois de mes propres yeux ? Un arbre qui marche ! Oh ! ça ne peut être qu'un mauvais sujet animé de mauvaises intentions ! Il va peut-être se laisser tomber sur une voiture et écraser d'un coup toute une famille ! Ou peut-être il rêve d'étrangler un enfant avec ses longues branches souples! Il faut le mettre hors d'état de nuire! C'est une mesure d'intérêt général ! Je vais le découper pour le brûler l'hiver prochain dans ma cheminée !
Et il a fait demi-tour pour aller chercher sa tronçonneuse.
Le saule pleureur était à moitié mort de peur. Il avait à peine commencé son voyage et il voyait déjà sa dernière heure arrivée. Il a essayé de courir mais il ne pouvait pas, il s'empêtrait dans ses racines. Il a pris un chemin de traverse mais il savait que l'homme à la tronçonneuse arriverait à le rattraper et dans son cœur, il se préparait à mourir.
C'est alors que le vent est intervenu. Sa plus jeune fille, Petite Brise d'Été avait beaucoup joué dans le feuillage du saule pleureur. Ils étaient amis. Le vent l'a soulevé dans ses grands bras invisibles, très haut dans le ciel - les gens qui levaient le nez à ce moment-là ont cru voir passer une cigogne ou une oie sauvage égarée - et il l'a déposé loin de là, au bord d'une rivière. L'homme à la tronçonneuse a eu beau chercher, il ne l'a jamais retrouvé.
- Vent, a demandé le saule pleureur, sais-tu où se trouve le jardin d'Éden et pourrais-tu m'y conduire ?
- Désolé ! a dit le vent. Désolé ! Je ne peux pas ! Je sais qu'il se trouve au fin fond de la nuit des temps mais je ne connais pas le chemin qui y mène !
- Tant pis! a dit le saule pleureur. Je marcherai tant que je finirai bien par y arriver.
Il a rafraîchi ses racines et il a décidé d'attendre la nuit pour repartir afin de ne pas rencontrer les hommes. Ils sont trop dangereux pour les arbres qui marchent !
La rivière lui a dit:
- Personne ne va plus au fond de la nuit des temps. Tu n'y arriveras pas plus que les autres. Il faudrait que tu marches à reculons très, très vite. Et même comme ça, je ne suis pas sûre que tu le pourrais. Prends plutôt racine sur ma rive. Tu seras bien, ici.
C'était vrai, l'endroit était tranquille et agréable, mais on ne renonce pas si facilement à poursuivre ses rêves et, dès la nuit tombée, le saule pleureur est reparti.
La lune l'a accompagné un moment. Elle était toute jeune, un mince croissant rose dans le ciel.
- Lune, a demandé le saule pleureur, éclaires-tu le jardin d'Éden et pourrais-tu m'y conduire ?
- Non, je regrette, a répondu la lune. Le jardin d'Éden est très loin derrière nous, au fond de la nuit des temps et mes rayons n'arrivent pas jusque- là. Pour y parvenir, il faudrait que le monde se mette à tourner à l'envers et il ne voudra jamais, ça changerait trop ses habitudes. Il va du matin vers le soir, il faudrait qu'il remonte du soir vers le matin. Tu vois un peu les complications! Les gens dormiraient avant de s'être couchés. Ils mangeraient avant d'avoir fait la cuisine. Ils seraient vieux avant d'être jeunes et de retourner dans le sein de leur mère. Les enfants naîtraient avant leurs parents et bien avant leurs grands-parents. Ce ne serait pas pratique du tout et personne ne voudrait en entendre parler. Crois-moi, ton rêve est insensé, tu ferais mieux d'y renoncer. Laisse la vie aller son train et ne te mêle pas de la contrarier !
Mais le saule pleureur n'était pas parti pour s'arrêter si vite et il a continué son chemin.
Maintenant, il marchait bien et d'un bon pas. Il a marché des nuits et des nuits, des semaines et des semaines, des mois et des mois sans trouver le jardin d'Éden. Seulement, à force de marcher, la fatigue l'a gagné. Ses racines se desséchaient, ses branches se cassaient, il n'en pouvait plus et une nuit, il a senti qu'il ne pourrait plus aller beaucoup plus loin. Il se trouvait devant une petite maison blanche avec un jardin superbe, débordant de fleurs. Alors, le saule pleureur a rassemblé ses dernières forces, il a réussi à sauter par-dessus la grille et il s'est allongé sur la pelouse pour mourir.
La maison était habitée par un grand-père, une grand-mère, et deux petites filles qui y passaient leurs vacances. Au matin, les volets se sont ouverts, il y a eu des cris de surprise et tout ce monde s'est précipité autour du saule pleureur.
- Ca, par exemple! Comment cet arbre peut-il se trouver là ? demandait la grand-mère.
-C'est sûrement une fée qui l'a amené ! ont dit les petites filles.
Une fée! La grand-mère pensait qu'il n'y en avait plus sur la terre, qu'elles avaient émigré sur la face cachée de la lune, quand les gens étaient devenus méchants. Mais après tout, peut-être qu'elles revenaient de temps en temps en visite, sans que personne le sache. Elle a approuvé:
- Oui, c'est peut-être une fée. Ce qui est sûr, c'est qu'il n'a pas pu venir tout seul !
Elle croyait ça, la grand-mère ! Comme elle se trompait! Vous voyez bien qu'en réalité, on n'est jamais sûr de rien !
- En tout cas, a dit le grand-père, il faut vite le planter, il est presque mort, ses feuilles sont toutes flétries !
Il s'est mis à creuser un grand trou près de la terrasse. En un rien de temps, le saule pleureur a été planté et arrosé. Quand il a eu fini, le grand-père lui a tapoté le tronc en disant :
- Vieux frère, va, j'espère que tu vas être tiré d'affaire !
Et le saule pleureur s'est senti tout ragaillardi.
Tous les matins, quand il sortait dans le jardin, le grand-père le regardait et disait:
- Ca a l'air d'aller, vieux frère!
Et tous les soirs il lui apportait deux grands arrosoirs d'eau.
La grand-mère et les petites filles s'installaient sous son ombrage pour raconter des histoires.
Il y avait aussi un chat, Alexandre le Magnifique, qui s'était pris d'amitié pour lui et passait des après-midi entières à ronronner sur une de ses grosses branches.
Le saule pleureur s'enracinait et reprenait vie.
Ce n'était pas le jardin d'Éden, mais ça y ressemblait tellement ! Le saule pleureur a su qu'il était arrivé et que ce petit jardin méritait le voyage. Et maintenant il ne pleure plus jamais à froides larmes, car son cœur d'arbre est toujours plein de lumière et de chaleur !


Le blog de Laurence Lamiable, mamie conteuse

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 9, 51-62


Marcher avec Jésus sans condition sur la route de l'Amour livré

Comme s’accomplissait le temps où il allait être enlevé au ciel, Jésus, le visage déterminé, prit la route de Jérusalem.
Il envoya, en avant de lui, des messagers ; ceux-ci se mirent en route et entrèrent dans un village de Samaritains pour préparer sa venue.
Mais on refusa de le recevoir, parce qu’il se dirigeait vers Jérusalem.
Voyant cela, les disciples Jacques et Jean dirent : « Seigneur, veux-tu que nous ordonnions qu’un feu tombe du ciel et les détruise ? »
Mais Jésus, se retournant, les réprimanda.
Puis ils partirent pour un autre village.
En cours de route, un homme dit à Jésus : « Je te suivrai partout où tu iras. »
Jésus lui déclara : « Les renards ont des terriers, les oiseaux du ciel ont des nids ; mais le Fils de l’homme n’a pas d’endroit où reposer la tête. »
Il dit à un autre : « Suis-moi. » L’homme répondit : « Seigneur, permets-moi d’aller d’abord enterrer mon père. »
Mais Jésus répliqua : « Laisse les morts enterrer leurs morts. Toi, pars, et annonce le règne de Dieu. »
Un autre encore lui dit : « Je te suivrai, Seigneur ; mais laisse-moi d’abord faire mes adieux aux gens de ma maison. »
Jésus lui répondit : « Quiconque met la main à la charrue, puis regarde en arrière, n’est pas fait pour le royaume de Dieu. »

Pistes de réflexion

Suivre Jésus c’est donc se libérer de toutes nos entraves mais le problème est que nous aimons nos entraves et nous ne les vivons pas comme des restrictions à la liberté.

Avoir un toit pour s’abriter, avoir le souci de nos morts et dire au revoir à sa maisonnée avant de partir nous semblent difficilement des entraves à la liberté. Nous les comprenons ces trois hommes qui voudraient bien suivre Jésus mais sans avoir à se montrer asocial

En route vers Jérusalem pour faire face à la souffrance, Jésus répond à trois personnes différentes qui veulent le suivre. Jésus leur dit que ce ne sera pas facile; cela pourrait signifier d'abandonner la maison, la famille et le revenu.

- Quel est le plus difficile d'être chrétien, disciple de Jésus?
- Qu'est-ce qu'un disciple de Jésus?
- Qui peut être disciple de Jésus?
- Qu'est-ce qui fait obstacle à celui qui veut être disciple de Jésus?
-
Pour moi, quel a été le « coût » d’être son disciple ? Quels ont été la richesse et les dons de cette vie de disciple ?
Questions pour les enfants:
Quelqu'un a-t-il  promis de venir avec vous? Et puis il est allé faire autre chose, autre lieu? Comment avez-vous ressenti cela? Jésus veut partager son amour et son message avec tous ceux qui font lui souhaite la bienvenue. Il savait qu'il aurait besoin d'aide pour répandre ce message de l'amour de Dieu aux gens à travers le monde, et il avait besoin de personnes fiables. Jésus ne punit personne qui ne le reçoit pas, mais il veut qu'ils sachent exactement ce qu'il leur demande. Quand les gens disent qu'ils veulent suivre lui, il veut qu’ils le fassent de tout leur cœur sans se retourner. Que dit Jésus à nous dans cette parle aujourd'hui de la place qu'il occupe dans nos vies.


mercredi 26 juin 2019

LA PLUS BELLE ROSE DU MONDE Hans Christian Andersen


Il y avait une fois une puissante reine dont le jardin, en toute saison, était paré des plus belles fleurs du monde. Mais la reine aimait particulièrement les roses, et elle en possédait une magnifique collection, depuis l’églantier jusqu’à la charmante rose de Provence.
Toutes ces fleurs, variées de parfums, de formes et de couleurs, s’enlaçaient aux colonnes du palais, envahissaient les vestibules et montaient joyeusement jusqu’en haut des portiques.
Mais à l’intérieur du château régnait une profonde affliction ; la reine était malade, et les médecins en désespéraient.
— Il n’y a qu’un seul moyen de salut, dit le plus sage d’entre eux. Qu’on apporte à la reine la plus belle rose du monde, celle qui est l’expression de l’amour sublime et sans mélange : si elle peut y porter son regard avant d’expirer, elle retrouvera la vie et la santé.
Alors, de tous côtés, jeunes et vieux accoururent avec les plus belles roses qui fussent en leur possession ; mais celle qu’il fallait ne se trouva pas dans le nombre.
Et les poètes chantaient à l’envi la plus belle rose du monde, qui était pour chacun d’eux celle qu’il possédait.
— Personne n’a encore trouvé le rosier miraculeux, dit le sage médecin, personne n’a su même indiquer l’endroit où il fleurit.
» Ce n’est aucun de ceux qui croissent sur la tombe de Roméo et de Juliette ni sur le sépulcre d’Héloïse et d’Abeilard, quoique les roses qu’ils produisent embaument d’un parfum éternel les poèmes et les traditions.
» Ce n’est pas non plus celui qui jaillit de la poitrine du héros mourant pour son pays. Et pourtant nulle mort n’est plus belle que celle-ci, et nulle rose n’est d’un pourpre plus éclatant que celle qui se colore à ce sang généreux.
» Ce ne sont pas davantage ces fleurs glorieuses que l’homme, dans une retraite solitaire, cultive nuit et jour, et pour lesquelles il sacrifie sa jeunesse et toutes les jouissances de la vie — les roses magiques de la science. — Non, il en est une encore et plus pure et plus belle !
— Je sais où elle fleurit, dit une mère heureuse en s’approchant avec son petit enfant de la couche de la reine : la rose la plus belle, celle qui exprime l’amour sublime et sans mélange, éclot sur les joues fraîches et vermeilles de mon enfant chéri, lorsque, fortifié par le sommeil, il rouvre ses yeux et me sourit avec tendresse et innocence.
— Certes, cette rose est bien belle, dit le sage, mais il en est une autre plus belle encore.
— Je l’ai vue, moi, dit une dame d’honneur, et je pense qu’il n’en existe pas de plus pure. Sa corolle était pâle comme celle de la rose thé. Je l’ai vue se nuançant sur les joues de la reine, lorsque, sans souci de sa dignité royale, elle portait sur ses bras, pendant de longues nuits sans sommeil, son fils malade, en l’embrassant, le baignant de ses larmes, et priant Dieu pour lui, comme une mère seule sait prier.
— La pâle rose de l’affliction maternelle est touchante et sacrée ; mais ce n’est pas encore celle que nous cherchons.
Alors vint un évêque, pieux vieillard courbé par l’âge et par les fatigues de son ministère :
— La plus belle rose, dit-il, je l’ai vue qui brillait comme une céleste apparition. C’était lorsque les jeunes filles venaient s’agenouiller à la table du Seigneur pour y recevoir le pain de la vie. Leurs joues, à toutes, semblaient, en effet, des roses pales ou vermeilles ; mais, parmi elles, il y en avait une surtout qui, en élevant son regard vers Dieu, s’anima d’une splendeur surhumaine. C’était bien là assurément la rose de l’amour sublime et sans mélange.
— Que cette rose virginale soit bénie, dit le sage ; mais jusqu’à présent personne n’a encore trouvé le dictame miraculeux.
En ce moment, un petit garçon, le fils de la reine, entrait dans la chambre ; il portait tout ouvert entre ses mains un gros livre relié en velours, avec des fermoirs d’argent. Des larmes brillaient dans les yeux bleus de l’enfant, comme la rosée sur les fleurs de la pervenche.
— Ma mère, dit-il, écoutez ce que je viens de lire.
Et il s’assit au bord du lit, et il lut dans le livre l’histoire de Celui qui voulut mourir sur la croix pour sauver les hommes, avec toute leur postérité.
À cette lecture, une légère teinte rosée passa sur les joues de la reine. Ses yeux se rouvrirent et se ranimèrent, et elle vit, des feuillets du livre sacré, s’élancer une rose d’une grâce et d’une beauté incomparables, la rose éternelle qui naquit du sang du Christ sur le sommet du Golgotha.
— Je la vois ! S’écria-t-elle avec extase : oui, c’est bien véritablement la rose de l’amour sublime et sans mélange, et je sens que quiconque aura aspiré dans son âme les émanations de cette fleur divine ne sera plus soumis aux atteintes de la mort.

lundi 24 juin 2019

Réflexion


La plus belle des fleurs
Le banc dans le parc était vide quand je me suis assise pour lire sous les longues branches broussailleuses d'un vieux saule pleureur. Désillusionnée par la vie, j'étais obligée de froncer les sourcils, car le monde était résolu à avoir ma peau.
Comme si ce n'était pas assez pour gâcher ma journée, un jeune garçon hors d'haleine s'est dirigé vers moi, épuisé d'avoir joué. Il s'est planté devant moi, la tête légèrement penchée, et a dit, tout excité : " Regardez ce que j'ai trouvé !" Dans sa main, il tenait une fleur qui faisait vraiment pitié, ses pétales étaient flétris, la pluie et la lumière lui ayant manqué. Voyant qu'il prenait sa fleur morte et qu'il retournait jouer, je lui ai fait un mince sourire et je me suis détournée.
Au lieu de s'en aller, il s'est assis à mes côtés, a porté la fleur à son nez et a déclaré avec une surprise non dissimulée : "Elle sent bon et elle est belle aussi, c'est pourquoi, je l'ai cueillie ; c'est pour vous, voici."
La mauvaise herbe était à l'agonie ou déjà morte. Ni orangée, ni jaune, ni rouge, ses couleurs étaient fanées. Si je voulais qu'il parte, je devais l'accepter. La main tendue vers la fleur, j'ai dit : "Merci, justement ce dont j'ai besoin." Au lieu de déposer la fleur dans ma main, il l'a tenue en l'air sans raison ou dessein. C'est alors que j'ai remarqué pour la première fois que le garçon à la fleur ne pouvait pas la voir : il était aveugle.

J'ai entendu ma voix frémissante et des larmes ont coulé de mes yeux, en le remerciant d'avoir choisi ce qu'il y avait de mieux. Il a répondu : "De rien", il souriait et est retourné à ses jeux sans savoir qu'il avait transformé ma peine en jour radieux.
Je me suis demandé comment il avait pu apercevoir une femme sous un vieux saule, en plein apitoiement. Comment avait-il senti ma détresse complaisante ? Sans doute était-il béni de voir la vérité avec les yeux du coeur. Par les yeux d'un enfant aveugle, j'ai enfin pu voir que c'était moi, et non le monde, qui broyait du noir. Parce que j'avais si souvent moi-même ignoré la beauté, j'ai juré de voir la beauté dans la vie et d'apprécier chaque seconde qui me serait donnée. J'ai porté la fleur à mon nez et j'ai senti le parfum d'une magnifique rose. J'ai souri en voyant ce jeune garçon, une mauvaise herbe dans la main, s'apprêter à changer la vie d'une vieille femme sans soupçons.

 Cheryl L.  Costello-Forshey

samedi 22 juin 2019

Messages secrets


Est-ce vrai ou non, mais on raconte qu’il y avait à Bassora1 un roi très sage et très subtil. Il savait tout et comprenait tout et aucun mystère ne lui était caché. Puissiez-vous devenir tout aussi savants, ô vous qui m’écoutez ! Un jour, arriva à Bassora l’envoyé d’un pays voisin. Il se présenta au palais et déposa aux pieds du roi un coffre de bois précieux. « Roi, dit-il, le grand prince, mon maître, t’envoie ce message. À la fin de cette lune, je reviendrai chercher ta réponse. » Et sans ajouter un mot, l’envoyé se retira. Le roi ouvrit le coffre et vit à l’intérieur une souris, une grenouille, un oiseau et trois flèches. Le grand vizir2 s’alarma — que voulait dire ceci ?… Vous ne le savez pas, ô vous qui m’écoutez ; ni moi non plus ! Mais le roi souriait : « Chasse la crainte de ton cœur, dit-il au grand vizir. Ceci est un message de paix. La souris, la grenouille et l’oiseau signifient que nos voisins me reconnaissent pour maître de tout ce qui vit sur terre, dans l’eau et dans les airs. Et ces flèches disent que, librement et de leur plein gré, ils nous livrent leurs armes. » Le vizir s’émerveilla de la sagesse du roi et fit proclamer dans la ville l’histoire du message silencieux. Et le peuple s’écria : « Notre sort est enviable ! Notre roi est le plus sage de l’univers ! » Mais, le soir, le vizir vint chez le roi et son front était soucieux : « Des bruits étranges ont frappé mon oreille, seigneur! dit-il. Un homme aurait dit au marché : “Le roi se trompe. Le sens du message n’est pas celui qu’il croit. Et s’il s’obstine dans son erreur, de grands malheurs sont à craindre…” Dois-je châtier l’insolent, seigneur ? — Quel est celui qui ose parler ainsi ? s’écria le roi, irrité. — C’est un misérable tisserand de la campagne, seigneur. Sa maison est à deux heures de marche de Bassora. » Le roi fronça les sourcils et réfléchit. Puis il dit : « Va chercher cet homme et amène-le ici. Malheur à lui s’il n’a parlé que par sottise et vanité ! Mais il y a peut-être un grain de vérité dans ses paroles et je dois l’entendre. Va, et fais vite. » C’était agir selon la sagesse, ô vous qui m’écoutez ! Car un sage sait qu’il peut se tromper et seul un sot se croit infaillible. Le jour se levait lorsque le grand vizir arriva à la maisonnette du tisserand. Celui-ci était déjà au travail. Il écouta le vizir sans montrer ni surprise ni crainte et le suivit sans protester. Alors qu’ils marchaient sur la route, le tisserand dit : « Tu viens de faire une longue marche et notre chemin est encore long. Porte-moi et puis je te porterai — cela diminue la fatigue. — As-tu perdu la raison ? s’étonna le vizir. Je suis déjà très las et tu veux encore que je te porte ?… Non, certes ! » Le tisserand ne répondit rien et ils poursuivirent leur route en silence. En passant devant un champ de blé, le tisserand s’arrêta : « Que ce blé est beau ! dit-il. Sais-tu s’il est déjà mangé ou non ? — Que dis-tu là ? s’exclama le vizir. Tu vois bien que ce blé n’est même pas moissonné ! Comment pourrait-il être mangé déjà ? » Et le tisserand ne répondit rien et ils marchèrent en silence. En arrivant au palais, le vizir courut chez le roi. « Seigneur, dit-il, j’ai obéi à tes ordres et j’ai ramené le tisserand. Mais je dois te prévenir que cet homme est fou ! Tout le long du chemin, il n’a cessé de me dire des paroles déraisonnables… — Qu’a-t-il donc dit ? demanda le roi. — Seigneur, il a lu la fatigue sur mon visage et il m’a dit : “Porte-moi, puis je te porterai…” N’est-ce point parler en dément ? » Le roi hocha la tête en souriant : « Mais non ! il voulait dire simplement : “Raconte-moi quelque chose, ensuite moi, je te raconterai une histoire. En bavardant, tu oublieras ta fatigue…” Et qu’a-t-il dit encore ? — Et il a dit encore… Mais c’est folie pure !… En voyant un champ de blé à peine mûr, il m’a demandé si ce blé était déjà mangé ou non ! — Et pourquoi pas ? dit le roi. Il te demandait simplement si ce champ n’avait pas été mis en gage chez un usurier. S’il en est ainsi, l’argent que le blé doit rapporter est déjà mangé depuis de longs mois… Non, cet homme n’est pas fou !… » Et le roi fit venir le tisserand et il lui parla avec sévérité : « Tu oses prétendre que ton roi se trompe ? Tu racontes que le sens du message silencieux n’est pas celui que j’ai dit ? — Oui, seigneur, j’ai parlé ainsi, répondit le tisserand. — Et quelle est d’après toi la signification de ce message ? — C’est un message de guerre, seigneur. Voici ce qu’il signifie : “Si vous ne devenez pas souris pour vous cacher sous la terre ; si vous ne devenez pas grenouille pour plonger dans l’eau ; si vous ne devenez pas oiseau pour fuir dans le ciel, vous n’échapperez pas à nos flèches que voici.” » Et le roi baissa la tête et réfléchit longtemps. Enfin, il parla : « Ton explication est subtile et sage, tisserand. Mais de nous deux, lequel a vu plus juste ?… À la fin de cette lune, le messager viendra chercher ma réponse. Que lui dirai-je ? Si je réponds à l’insulte, alors qu’en réalité il s’agit d’un message d’amitié, j’offenserai gravement nos voisins. Et si tu as raison, si c’est un message de guerre et que j’y réponds par des paroles amicales, nos voisins croiront que nous avons peur d’eux… Voici ce que nous allons faire : lorsque le messager se présentera, tu seras à mes côtés. Et, selon ce qu’il fera, c’est toi qui répondras ou bien c’est moi qui répondrai… » Et c’était agir selon la prudence, ô vous qui m’écoutez ! Car deux têtes contiennent plus de sagesse qu’une seule. Lorsque la lune eut achevé sa course, le messager vint au palais. Sans dire un mot, il traça à la craie un cercle devant le trône du roi. Le roi hocha la tête et dit : « Il n’appartient pas au roi de répondre à ceci. C’est mon peuple qui doit répondre lui-même, selon, son cœur. » Le tisserand s’avança alors et jeta dans le cercle un jeu d’osselets. Le messager fronça les sourcils, puis il tira de sa robe un petit sac de blé et en répandit le contenu sur le sol. Le tisserand sourit et fit un signe à un serviteur. Celui-ci apporta un coq. Le tisserand lâcha le coq qui se mit aussitôt à picorer le blé. Au bout d’un instant, il ne restait plus un seul grain sur les dalles. Alors le messager devenu très sombre, s’inclina devant le roi et devant le tisserand. Et il se retira en se voilant la face. Le grand vizir s’écria : « Que veut dire ceci, seigneur ? Pourquoi le messager est-il si triste ? » N’êtes-vous pas surpris comme lui, ô vous qui m’écoutez ? Et moi de même !… Mais le roi hocha encore la tête et dit : « En vérité, le tisserand avait raison et les intentions de nos voisins n’étaient pas amicales ! En traçant ce cercle, le messager voulait dire : “Ainsi serez-vous encerclés par nos armées !” Le tisserand a jeté les osselets, ce qui signifiait : “Vous n’êtes que des enfants à côté de nous. Amusez-vous, plutôt que de nous chercher querelle ! Alors le messager a répandu le blé, pour dire : “Nos guerriers sont plus nombreux que les grains de blé dans un champ !” Mais le tisserand a lâché le coq qui a mangé le blé. Et ceci signifiait : “Si vous nous attaquez, aucun de vos guerriers ne reviendra vivant !” Et le messager est parti humilié et effrayé, car il a compris que c’est tout un peuple qui lui répondait. Et la colère d’un peuple est bien plus redoutable que la colère de tous les rois du monde… » Et le roi tendit les mains vers le tisserand et lui dit : « Accepte mon amitié, homme trois fois sage ! Et dis-moi comment t’est venue cette grande sagesse ? — Seigneur, répondit le tisserand, tout le jour je suis des yeux le fil qui court dans la trame et qui trace des dessins compliqués. Le fil des desseins de l’homme n’est pas plus difficile à suivre. Ma sagesse, ce n’est que l’habitude de voir les choses telles qu’elles sont en réalité et non telles qu’on voudrait qu’elles soient… » Et l’on dit — est-ce vrai ou non ? — que souvent le roi se rendit chez le tisserand. Il regardait courir le fil dans la trame et il écoutait les conseils d’un homme sage. Et leur amitié dura tant que dura leur vie. Puissiez-vous me garder votre amitié aussi longtemps, ô vous qui m’écoutez !…
Luda SCHNITZER, « Messages secrets », Jouer avec les mots, coll. Livre de Poche Jeunesse, Paris, Librairie Générale Française, 1984, p. 108-114.

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 9, 11b-17

Le Christ nourrit son peuple 


En ce temps-là, Jésus parlait aux foules du règne de Dieu et guérissait ceux qui en avaient besoin.
Le jour commençait à baisser. Alors les Douze s’approchèrent de lui et lui dirent : « Renvoie cette foule : qu’ils aillent dans les villages et les campagnes des environs afin d’y loger et de trouver des vivres ; ici nous sommes dans un endroit désert. »
Mais il leur dit : « Donnez-leur vous-mêmes à manger. » Ils répondirent : « Nous n’avons pas plus de cinq pains et deux poissons. À moins peut-être d’aller nous-mêmes acheter de la nourriture pour tout ce peuple. »
Il y avait environ cinq mille hommes. Jésus dit à ses disciples : « Faites-les asseoir par groupes de cinquante environ. »
Ils exécutèrent cette demande et firent asseoir tout le monde.
Jésus prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, il prononça la bénédiction sur eux, les rompit et les donna à ses disciples pour qu’ils les distribuent à la foule.
Ils mangèrent et ils furent tous rassasiés ; puis on ramassa les morceaux qui leur restaient : cela faisait douze paniers.

Petit commentaire
Jésus satisfait notre faim et notre soif
Ce week-end, l'Église célèbre le corps et le sang du Christ. Dans l'évangile, nous voyons Jésus prêcher sur le Royaume de Dieu, guérir ceux qui sont dans le besoin et offrir de la nourriture aux multitudes.
C'était le soir et tout le monde était fatigué et affamé. Logiquement, les disciples demandent à Jésus de renvoyer tout le monde à la maison. Mais il a d'autres projets. Après tout, s’ils faisaient tout ce chemin pour se nourrir de sa Parole, comment pourrait-il les renvoyer affamés?
Jésus leur donnera du pain qui satisfera la faim de leur corps et de leur âme - le même pain eucharistique que nous recevrons bientôt dans la communion: Jésus lui-même - Corps, Sang, Âme, Divinité.
Jésus a besoin de notre aide
Mais, Jésus ne va pas gérer cela seul; il veut que nous participions au miracle. C'est pourquoi il remarque le garçon avec les cinq pains et deux poissons.
Jésus a besoin de nous pour apporter le peu que nous avons afin de le multiplier. Combien de fois demandons-nous à Dieu d'écouter nos besoins, mais nous ne faisons pas notre part en respectant nos engagements chrétiens! Plus encore, combien de fois voulons-nous les miracles de Dieu, en oubliant le Dieu des miracles!
Cherchez-moi pour mon propre intérêt! "
Les cinq mille personnes mangèrent jusqu'à ce qu'elles soient pleines et il restait encore douze paniers, mais tout le monde ne vit pas la signification du pain spirituel dans ces pains physiques. Ils ont été pris dans le cadeau et ont oublié le donneur; ils n'ont pas réalisé que le donneur était même meilleur que le cadeau, ou plutôt que le vrai cadeau était le donneur lui-même.
Saint Augustin écrit: «Tu me cherches pour des raisons terrestres, pas pour des choses spirituelles. Tu me cherches pour toutes les mauvaises raisons, cherche-moi pour mon propre intérêt!
Travailler pour la nourriture qui dure pour toujours
Dans la célébration actuelle de la Sainte Eucharistie, manger signifie croire en lui. Aujourd'hui, Jésus nous invite à nous élever à un niveau spirituel supérieur.
Nous sommes des travailleurs luttant pour notre subsistance quotidienne. Le problème du pain est aussi important pour nous que celui de l'eau pour la femme samaritaine. Jésus nous invite à ne pas travailler pour la nourriture qui périra, mais pour la nourriture qui reste pour la vie éternelle.
Celui qui mange ce pain vivra!
Pour que nous puissions vivre le mystère eucharistique, qui est le fondement de notre vie spirituelle, nous devons grandir dans notre foi. Les cinq mille membres de l'Évangile d'aujourd'hui ne cherchaient qu'à satisfaire leur faim physique.
Que le souci quotidien de trouver du pain pour nos enfants ne nous fasse pas oublier la messe du dimanche où nous recevons Jésus, le pain vivant qui descend du ciel. Il est le pain, il est léger, il est le berger. «Celui qui mange ce pain vivra pour toujours», dit le Seigneur.

Question :

Une grande foule est venue pour écouter les enseignements de Jésus. À la tombée de la nuit, les disciples souhaitent renvoyer la foule. Mais Jésus va avoir cette parole qui surprendra et provoquera les disciples. Il leur dit : « Donnez-leur vous-mêmes à manger ».
× Comment est-ce que je réagis à ces paroles de Jésus ?  Comment est-ce que je les comprends ?
× Est-ce que les mots « solidarité » et « fraternité » résonnent d’une façon nouvelle en moi ?

1. J’y suis ! Jésus enseigne, guérit puis nourrit la grande foule rassemblée. Il porte le souci de leur partager sa Parole, de les guérir, les soigner, puis de les nourrir. Nous aussi, nous faisons partie de cette foule de l’évangile en cherchant à suivre Jésus. → Quelle est ma manière de suivre Jésus ? Quelle est la place de l’eucharistie dans ma vie ?

2. De la démission à l’action Il n’y a pas assez de nourriture pour toute la foule. Il se fait tard et les disciples souhaiteraient renvoyer la foule présente. Ce serait tellement plus simple ! Cependant, Jésus provoque les disciples et les pousse à agir. → Dans les moments de découragement ou de lassitude, comment est-ce que je réagis ? Quelle est la place que je laisse à Jésus ?

3. Profusion À la fin du repas, il reste du surplus ! Abondance, démesure… Le don de Dieu ne se mesure pas. Son amour pour l’homme est profusion ! → Qu’est-ce qui, autour de moi, dans le monde, me parle de la profusion du don de Dieu ? Qu’est-ce que cela provoque en moi ?

Fête du Saint Sacrement

Évangile de Jésus-Christ selon Saint Luc 9, 11b-17
Nous fêtons aujourd’hui le don du corps et du sang de Jésus pour chacun de nous. Jésus se livre sans condition. C’est aussi le moment où nous faisons mémoire de l’eucharistie. Dans l’Évangile que nous entendons ce jour, une foule considérable s’amasse autour de Jésus, il se fait tard, Jésus a beaucoup enseigné, et les disciples veulent renvoyer tous ces gens. Jésus intervient alors par pitié pour cette foule, ils sont comme abattus. Les disciples n’ont que cinq pains et deux poissons, offrande dérisoire à leurs yeux. Jésus va alors multiplier les pains et les poissons. Jésus pour faire des merveilles a besoin de notre don, notre pauvreté. Si nous croyons, alors Jésus peut tout faire !
Il nous appartient de lui faire entièrement confiance, comme ces personnes affamées…Jésus est la vraie nourriture, la vraie boisson. Contemplons-le dans le mystère eucharistique en ce jour béni.


mercredi 19 juin 2019




 Il y a très longtemps, bien loin d’ici, un puissant empereur régnait en Chine.
       Cet empereur avait une fille belle et fraîche comme un bouton de rose.
       Hélas ! La jeune princesse était très capricieuse et ne souriait jamais.
       Pour voir un sourire éclairer le visage de sa fille, l’empereur de Chine aurait donné tout son royaume.
       Chaque jour, il faisait porter à la princesse des tuniques brodées d’or, des bijoux et des pierres précieuses. Mais la princesse ne souriait toujours pas et l’empereur se désolait.
  Un matin de printemps, la princesse se réveilla de bonne heure et, pieds nus, elle sortit dans les jardins du palais.
       À ce moment, le soleil apparut au-dessus des arbres. Sur les roses, les fleurs de lotus, les herbes sauvages, des milliers de gouttes de rosée étincelaient au soleil.
       D’une cascade entre deux rochers, des gouttelettes irisées s’envolaient au souffle léger du vent. Les oiseaux, en chantant, semblaient remercier le soleil et célébrer la beauté de ce matin de printemps.
       Jamais la princesse n’avait vu la nature resplendir d’un tel éclat.
       — Que c’est beau ! S’exclama-t-elle émerveillée.
La princesse courut aussitôt réveiller son père pour qu’il contemple ce spectacle.
       — Mon père, regardez comme la rosée fait resplendir chaque fleur. Il me faut un diadème de rosée, sinon j’en mourrai.
       — Un diadème de rosée… mais c’est impossible !
       — Rien n’est impossible pour vous, mon père : vous êtes l’empereur de Chine, le maître du monde.
       L’empereur ne savait pas résister aux caprices de la princesse : il était prêt à tout pour voir un sourire illuminer son visage.
       Il fit donc venir au palais les meilleurs orfèvres de l’empire et leur dit :
       — Je vous accorde trois jours pour réaliser le diadème de rosée que je veux offrir à ma fille. Si vous échouez, vous aurez la tête tranchée.
Désespérés, les malheureux orfèvres quittèrent le palais. Tous se demandaient comment fabriquer un bijou avec des gouttes de rosée.
       Le troisième jour, au lever du soleil, les artisans revinrent tristement au palais.
       — Où est le diadème de rosée ? demanda l’empereur.
       — De grâce, épargnez-nous, supplièrent les orfèvres. Aucun homme ne peut fabriquer un bijou de cette sorte.
       À ces mots, la princesse devint rouge de colère.                                                      
       L’empereur appelait son bourreau quand apparut à l’entrée de la pièce un grand vieillard à barbe blanche.
       Le vieil homme s’avança et dit : 
       — Glorieux empereur, je viens faire le diadème de rosée pour la princesse.
       — Le diadème…
       — Oui, je viens faire le diadème de rosée, répéta le vieillard d’une voix douce, mais à une seule condition.
       — Elle est accordée d’avance, n’est-ce pas, mon père ? dit la princesse.
       — Tes désirs sont des ordres, ma fille, dit l’empereur.
— Parfait, répondit le vieillard, il ne me sera pas difficile de faire un diadème et même un collier de perles de rosée. Mais pour que ces bijoux puissent égaler la beauté de la princesse, elle doit choisir elle-même les plus jolies gouttes de rosée dans les jardins du palais.
       La princesse courut dans le jardin pour tenter de cueillir quelques-unes de ces précieuses gouttes. Mais, chaque fois qu’elle se penchait pour les saisir, la rosée s’évanouissait entre ses mains.
       — Bon vieillard, gémit la princesse rouge de honte, je ne peux pas cueillir cette rosée. Dès que je la touche, elle disparaît !
       Alors le vieil homme lui dit en souriant :
       — En effet, c’est impossible ! Tu as demandé à d’autres une chose que tu ne peux faire toi-même.
       Le vieillard caressa les cheveux de la princesse qui pleurait et il disparut.

       Depuis ce jour, la princesse ne fut plus jamais capricieuse. Et chaque fois qu’elle regardait le jardin recouvert par la rosée du matin, un sourire venait éclairer son visage.

Jacqueline Guillemin (adaptation) ; Sébastien Mourrain (ill.)
Le Diadème de rosée. Un conte de Chine
           

lundi 17 juin 2019

LA FLEUR D’OR


Il était une fois ….

Une jeune princesse qui s’appelait Églantine. Cette princesse était très belle. Quand elle devint grande, elle était si belle que le roi déclara à des princes et des chevaliers, que celui qui rapporterait la fleur d’or, gagnerait la main de sa fille.

Le premier chevalier se nommait Équibellis. Il se mit en route et traversa le fleuve. Mais comme ce fleuve était plein de crocodiles, il décida de le traverser en canoë. Il suivit le cours de la rivière jusqu’à une cascade. La cascade était tellement longue qu’on ne voyait pas la fin, et le chevalier se fit aspirer dedans. Au bout de cette cascade commençait une forêt, il y avait des loups. Le chevalier en grimpant aux arbres, découvrit un parachute géant, et le prit.

Et après un long voyage en parachute, il atteint une forêt ornée de fleurs argentées tout autour d’un coeur de diamants; Comme ce jeune homme était un peu sourd, il avait mal compris ce qu’avait dit le roi, le roi avait-il parlait d’une fleur d’argent ? Il cueillit le fleur d’argent, la plus haute et la plus belle, et il refit tout le voyage en sens inverse, il rentra au palais donner la fleur au roi. Le roi étonné lui dit : » Mais ce n’est qu’une fleur d’argent, j’ai demandé une fleur d’or !! »

Le deuxième, un prince, François, parcourut une forêt de brouillard. Tout au bout, il trouva une grande muraille avec des grilles pointues, gigantesques. Il prit un bâton et gratta tout autour d’une des grilles, puis l’arracha d’un coup sec. Il la mit dans son sac, puis entra. Derrière la muraille, il y avait un jardin merveilleux de fleurs d’or toutes couvertes de paillettes bleues. Il en cueillit une, puisque le roi n’avait pas précisé si c’était de l’or bleu ou de l’or tout simple. Il la ramena au roi.

Le roi précisa que ce n’était pas une fleur bleue qu’il avait demandé, mais une fleur d’or jaune et dorée. Le troisième prince, Guillaume, qui n’était pas bête et avait bien entendu la demande du roi, prit le plus long chemin qui aboutissait dans un palais rouge. Dedans vivait un dragon, un dragon aux ailes argentées, et avec un air plutôt gentil. Quand le prince entra, au début, il eut peur, mais il découvrit très vite que c’était un gentil dragon. Le prince lui raconta toute son histoire et lui dit qu’il voulait trouver une prairie avec des fleurs d’or.

Le dragon lui répondit : » Si tu veux, je te prends sur mon dos et je t’emmène dans une prairie que je connais, et où il y a des fleurs d’or. » Le dragon l’emmena donc à cette prairie. Il y avait un pommier qui portait des pommes d’or, et des buissons remplis de pierres précieuses, des herbes au bout desquelles poussaient des diamants, il y avait des fleurs argentées, des fleurs d’or pailletées de bleu, les mêmes que ce que les deux autres prétendants avaient cueillis, puis en plein milieu de la prairie, la fleur d’or.

Elle était très haute, très belle, c’était la seule qui existait. Le prince cueillit délicatement la fleur, monta sur le dos du dragon qui l’emmena jusqu’au palais. A la vue de la fleur d’or, le roi donna la main de sa fille au Prince Guillaume, et mit la fleur dans un coffret de verre, et jamais personne n’oublia la rose d’or.

Quand au dragon, il finit ses jours dans les écuries du roi et chaque fois qu’Églantine et Guillaume veulent se promener, ils montent sur le dos du dragon …

Mamie Mandrine

samedi 15 juin 2019

Il était une fois, une jolie rose qui voulait être cueillie. Un joli conte de Patrick


Elle voulait partir à l’aventure, découvrir le monde. Mais elle restait là, à sa place, au même endroit, devant le même paysage. Toute sa famille était partie alors qu’elle n’était encore qu’un bourgeon.
Elle se sentait seule et mal aimée.
Un petit garçon venait la voir tous les jours. Il la regardait, chaque fois, avec émerveillement.
Alors elle ne désespérait pas.

 Elle restait belle, chaque jour, pour lui plaire. De plus en plus, dans l’espoir d’être cueillie.

Le petit garçon revint encore une fois, le lendemain matin, pour vérifier si elle était toujours aussi belle. Il n’en cru pas ses yeux… C’était devenue la plus belle de toutes les fleurs qu’il n’avait jamais vues auparavant. Et quel parfum ! Il la sentait avant même de l’apercevoir !
« Mais pourquoi ne veut-il pas me ramasser », se disait-elle. « Que puis-je faire de plus ? »

 L’enfant restait l’admirer pendant des heures. Il ne s’en lassait pas.

La jolie fleur décida alors de lui demander : « Pourquoi ne veux-tu pas me cueillir alors que toute ma famille est partie avec les tiens ? Qu’ai-je fait de mal ? Suis-je moins bien que les autres ? »
-Oh non ! Répondit-il. Tu es magnifique !
 -Alors, pourquoi ?
 -Parce que mon papa m’a dit un jour que si on aimait une fleur, on pouvait la ramasser, mais que, si on l’adorait, il fallait l’aimer tout en lui laissant sa liberté.
 -Alors tu m’adores ?!
 -Oui ! S’exclama-t-il.
 -Alors cueille-moi, emmène-moi avec toi, je veux découvrir le monde !
 -Je ne peux pas quitter ma maison ! Et puis si je te cueille, tu vas mourir… Je ne veux pas que tu meurs !
La petite fleur répondit au petit garçon que, de toutes façons, elle allait mourir.
Le garçon se mit à pleurer et pleurer, à chaudes larmes, sans pouvoir s’arrêter.
 -Je… je ne veux pas ! Dit-il, en reprenant sa respiration. Je ne veux pas te voir mourir !
Cette rose était particulière. Elle avait une couleur et une odeur unique.
Le petit garçon eut alors une idée. Il essuya ses larmes et partit en courant, d’un air décidé.

 La rose crut alors qu’il allait l’abandonner. Elle se mit à dépérir.

Le petit garçon était parti chercher des outils.
Il s’était souvenu du jour où son papa lui avait dit que s’il aimait vraiment une plante, il pouvait la bouturer, pour lui redonner vie. Et il lui avait montré comment faire.
Mais son papa n’étant plus là, il avait du mal à trouver les outils nécessaires.
Et il était déjà tard et sa maman lui demanda de rentrer. Il ne fallait pas lui désobéir, c’était déjà assez dur pour elle.

La jolie fleur, voyant qu’il ne revenait pas, se laissa mourir de désespoir.

Le petit garçon pensait la revoir le lendemain. Il avait tellement hâte de lui annoncer la bonne nouvelle. Son papa avait trouvé la solution pour la cueillir tout en lui offrant la liberté.
Il était fier de son papa et savait que ce serait réciproque.
Il dormit le cœur léger, ne sachant pas ce qui se produisait dehors…
Il se réveilla dès les premiers rayons du soleil et se remit à chercher le sécateur et la petite fourche dont il avait besoin.
Puis retourna voir Petite Fleur, qu’il avait appelée ainsi en souvenir du poème préféré de sa maman.

 Mais Petite Fleur était étalée par terre.

Le petit garçon se mit à pleurer et crier de toutes ses forces. A tel point que sa maman sortit aussitôt de la maison, en courant, et lui demanda ce qu’il se passait, d’un air paniqué. Il lui raconta alors l’histoire de Petite Fleur. Sa maman regardait le rosier que son mari avait planté pour elle et retenait difficilement ses larmes en écoutant parler son fils.
C’était une histoire, un conte pour enfants, un conte de fées, comme elle adorait et comme son mari prenait plaisir à écrire, avec et par amour pour elle, leur petite famille et tous ceux qui auraient l’occasion de les lire ou de les entendre.

 Le petit garçon, voyant sa mère au bord des larmes, lui dit alors :

 -Ne retient pas tes larmes devant moi maman. Je sais que tu le fais pour moi et que c’est dur mais, comme disait papa, parfois il vaut mieux pleurer plutôt que de trop retenir sa peine, encore et encore.
 -Oui, tu as raison mon fils. Il aurait même ajouté que les larmes sont une des plus belles preuves d’amour et que pleurer n’est pas une faiblesse.
Ils se mirent à pleurer tous les 2 en se serrant fort dans les bras l’un de l’autre.
Le petit garçon se rappela alors d’une autre des sages paroles de son papa.
Il lui avait dit, un jour, que toutes les fleurs finissaient par faner, qu’elles soient cueillies ou non, mais que, même fanées, il était encore possible de faire quelque chose, que c’était peut-être même le meilleur moment pour lui donner une seconde vie…
Il demanda à sa mère de couper la tige, pendant qu’il faisait un trou dans la terre.
Il planta Petite Fleur dans ce trou, le reboucha et l’arrosa.
Il venait la voir chaque jour et sa maman aussi.
Ils en prenaient soin tous les 2.

 Au bout de quelques semaines, la tige fit de jeunes pousses.

Plus elle grandissait et plus la paix, l’harmonie, l’amour et le bonheur revenaient à la maison. Cette aventure avait rapproché le petit garçon et sa maman, en guérissant leurs cœurs meurtris. Ils se disaient, tous les 2, que l’esprit de son papa était en elle.
L’année suivante, Petite Fleur fit ses premiers bourgeons, puis ses premières roses. Elles étaient aussi belles et parfumées. C’était une réussite.
Aussi décidèrent-ils de la faire voyager, en faisant d’autres boutures qui firent le tour du jardin… puis le tour du monde.
Fin