mardi 8 juin 2021

Princesse boudeuse

 


Il était une fois un roi et une reine qui s’aimaient de tout leur cœur et qui désiraient avoir un enfant. Ils eurent bientôt la joie de mettre au monde une très jolie petite fille répondant au doux prénom d’Agathe.

Tout le monde était aux petits soins pour la nouvelle princesse : on l’habillait de robes plus jolies les unes que les autres, ses cheveux soyeux étaient brossés chaque jour avec application, ses chaussures vernies brillaient de mille feux. Elle n’avait pas le temps de désirer quelque chose, la moindre de ses envies était satisfaite avant même qu’elle n’y pense.

Quand vint le temps pour elle d’apprendre à lire, le roi et la reine décidèrent de l’envoyer à l’école du village le plus proche ; ils désiraient lui faire connaître des enfants de son âge et l’habituer à un peu de discipline. Agathe était en effet une enfant solitaire et taciturne, souvent capricieuse et surtout boudeuse ! La moindre contrariété lui faisait baisser la tête, hausser les épaules et il n’était plus possible de lui adresser la parole pendant plusieurs jours.

Les écoliers du village furent très fiers d’accueillir une personnalité aussi importante dans leur classe. Une princesse !... Tout impressionnés, ils acceptèrent avec patience ses sautes d’humeur et firent tout leur possible pour qu’elle se sente heureuse parmi eux. Ils veillaient à choisir des jeux qui ne risquaient pas de froisser ses belles robes ou de salir ses chaussures vernies. Malheureusement, leur gentillesse ne semblait pas toucher le cœur d’Agathe qui boudait toujours autant et restait des journées entières seule dans son coin, le nez froncé et la tête rentrée dans les épaules. Plus personne n’osa lui adresser la parole.

Un beau matin de printemps, un nouvel élève arriva dans la classe. Jeannot était joyeux, dynamique et jouait merveilleusement au ballon. Il fut instantanément adopté par les autres enfants. Agathe, elle, boudait toujours. Intrigué, Jeannot s’approcha et lui demanda doucement :

— Bonjour, je m’appelle Jeannot, et toi ?
Pour toute réponse, la princesse lui tourna le dos.
— Elle boude depuis des mois, expliqua un autre élève, c’est la princesse boudeuse !
Jeannot n’était pas du genre à se laisser impressionner par une princesse, toute boudeuse soit-elle. Mais comment la faire sortir de son coin ?
— Veux-tu jouer à la balle aux prisonniers avec nous ? demanda-t-il simplement, sans obtenir de réponse.
— S’il te plaît, insista-t-il, viens jouer !
— Pourquoi ? daigna répondre Agathe qui lui tournait toujours le dos.
— Parce que j’ai besoin de toi.

Agathe le regarda droit dans les yeux. À la surprise de tous, elle le suivit dans la cour de récréation pour prendre place au milieu des élèves stupéfaits.

La partie fut longtemps indécise. La princesse ne ménageait pas sa peine, elle se révéla très habile et fit gagner des points à son équipe qui remporta la victoire. Ses coéquipiers la félicitèrent chaleureusement.

Ce soir-là, Agathe arriva au château dans un état pitoyable : ses cheveux étaient emmêlés, sa robe toute sale et ses chaussures vernies avaient perdu leur brillant mais... elle souriait !

À compter de ce jour, le roi et la reine s’habituèrent à voir leur fille rentrer de l’école couverte de boue, les genoux parfois écorchés mais la mine resplendissante. Ils étaient heureux de son nouveau bonheur.
La petite princesse trop choyée et dorlotée était métamorphosée. Agathe voulait être Agathe tout simplement.
Il fut décidé de la laisser s’habiller à sa convenance : en pantalon, tee-shirt et baskets. On lui permit même de faire couper ses longs cheveux.

À présent, en attendant de devenir reine, elle court chaque matin à l’école, impatiente de retrouver ses copains.

https://jeunesse.short-edition.com/oeuvre/jeunesse-moins-de-5-minutes/princesse-boudeuse-1

samedi 5 juin 2021

Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc 14,12-16,22-26

St Sacrement (Fête) du corps et du sang du Christ

Le repas du Seigneur


Le premier jour de la fête des pains sans levain, où l’on immolait l’agneau pascal, les disciples de Jésus lui disent: « Où veux-tu que nous allions faire les préparatifs pour que tu manges la Pâque? »

Il envoie deux de ses disciples en leur disant: « Allez à la ville; un homme portant une cruche d’eau viendra à votre rencontre. Suivez-le, et là où il entrera, dites au propriétaire: ‘Le Maître te fait dire: Où est la salle où je pourrai manger la Pâque avec mes disciples?’ Il vous indiquera, à l’étage, une grande pièce aménagée et prête pour un repas. Faites-y pour nous les préparatifs. »

Les disciples partirent, allèrent à la ville; ils trouvèrent tout comme Jésus leur avait dit, et ils préparèrent la Pâque.

Pendant le repas, Jésus, ayant pris du pain et prononcé la bénédiction, le rompit, le leur donna, et dit: « Prenez, ceci est mon corps. » Puis, ayant pris une coupe et ayant rendu grâce, il la leur donna, et ils en burent tous. Et il leur dit: « Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude. Amen, je vous le dis: je ne boirai plus du fruit de la vigne, jusqu’au jour où je le boirai, nouveau, dans le royaume de Dieu. »

Après avoir chanté les psaumes, ils partirent pour le mont des Oliviers.

Question

Aujourd'hui, nous nous rappelons à nouveau le grand don que Jésus nous a fait dans l'Eucharistie. Est-ce que j'apprécie ce cadeau, ou est-il devenu si familier que j'ai perdu le sens de sa grandeur? Comme nous lisons dans l'Évangile d'aujourd'hui sur la première Eucharistie, nous voyons aussi qu'il y avait beaucoup de préparation impliquée. Un endroit convenable devait être trouvé, meublé et prêt, et à cet endroit il fallait se préparer pour recevoir Jésus.

Mon cœur est maintenant le lieu qui doit être préparé et préparé pour recevoir Jésus. Dois-je prendre le temps de faire ça? J'y réfléchis aujourd'hui et je demande à Jésus de me donner une prise de conscience du cadeau étonnant qui m'est donné chaque fois que je reçois la communion.

« Célébrer le Corps et le Sang du Christ ne consiste pas à justifier notre rituel eucharistique, mais à accueillir la grandeur de ce mystère en nous interrogeant sue la présence vivante du Christ dans nos vies, sur la puissance de sa parole dans nos cœurs et sur notre participation à ce mystère. Comment ma foi m’engage-t-elle à vivre cette communion fraternelle au corps du Christ dans ma vie, dans mes actes et auprès de mes frères ?

Petit commentaire

Ce passage de Marc nous rapporte le rituel de notre Pâque que nous célébrons à chaque Eucharistie en communauté dans nos églises. Les préparatifs pour manger la Pâque est importante parce que c’est le repas de la fête des pains sans levain où on  immolait l’agneau pascal. Mais voilà que Jésus donne à ses disciples un nouveau sens pour célébrer la Pâque. Après la résurrection, le symbolisme du pain sans levain devient le corps de Jésus et le vin, le sang de Jésus. Il est  l’agneau pascal, mort et ressuscité, qui a versé son sang pour sceller une nouvelle Alliance avec le peuple de Dieu. Désormais la loi de l’Amour sera inscrite dans le  cœur des disciples de Jésus parce que sa mort nous a rachetés et réconciliés avec son Père, notre Père Céleste. Le rituel du pain sans levain et la coupe de vin nous fait communier au corps et au sang du Christ. C’est le pain et le vin de la nouvelle Alliance où Jésus nous dit qu’Il est le Pain de vie. Celui qui vient à Lui et mange son corps et boit son sang n’aura jamais faim et soif. À chaque Eucharistie, nous allons à la rencontre de Jésus qui nous rassemble en un seul corps et un seul esprit pour faire advenir son royaume de justice et de paix. À chaque Eucharistie, nous faisons mémoire de ce rituel sacré où Jésus nous redit: « Prenez, ceci est mon corps qui donne la vie en abondance, la vie éternelle. Prenez, ceci est mon sang, le sang de la nouvelle Alliance versé pour la multitude. »  Jésus nous rassasie de son Amour et si nous demeurons dans son amour nous serons source d’amour, de paix et de joie.

Jésus, tu nous envoies faire les préparatifs du repas pascal.
Nous te prions, aide-nous à nous préparer le cœur,
Le corps, l’esprit et à trouver le lieu où
Tu puisses nous rencontrer et manger la Pâque avec nous.

Jésus, tu as donné ta vie au monde par amour et
Par ta croix, tu nous as sauvés de la mort.
Nous te prions, rassasie-nous par ton corps et ton sang et
Fais de nous les témoins de ton amour et de ta paix.

(Karine)

Quiz

 1- Qu’est-ce que la fête de la Pâque et en quoi concerne-t-elle le Corps du Christ ?
2- Pourquoi Jésus se donne-t-il à nous avant d’être exécuté ?
3- Pourquoi répétons-nous les mots et gestes de Jésus pendant ce repas chaque fois que nous allons à la messe ?

 4- La lecture de l'Évangile du 6 juin 2021 (Marc 14: 12-16, 22-26) parle de Jésus et des disciples célébrant la Pâque. Quel signal Jésus a-t-il dit aux disciples de chercher pour trouver l'endroit où ils organiseraient ensemble la fête de la Pâque?

 a) Une colombe descendant sur une maison
b) Un homme portant un pot d'eau
c) Une femme dans un puits
d) Un mendiant aveugle demandant l'aumône

 5. Qu’est-ce que la Fête-Dieu ?
a. Le jour où on montre les icônes
b. La fête du Saint-Sacrement, avec souvent  une procession dans la ville
c. Le jubilé de la naissance du Christ

 


jeudi 3 juin 2021

L’âne

 

Un  beau et bon jour, j’ai pris du temps qui m’était donné et j’ai vécu une fantaisie que j’aimerais vous partager.

Émerveillé, je regardais le ciel et dis :

<<Toi, firmament tout bleu, que dis-tu de ton Créateur?
- Moi? Me répondit le ciel, je te dis qu’il est infini.

-Toi soleil, que dis-tu de lui?
- Et l’astre  de me répondre : il est lumière et vie.

- Toi, lune, vous les étoiles, que pouvez-vous me révéler de Dieu?
- Qu’il est présence même dans tes jours les plus sombres.

-Toi, nuage léger, que peux-tu m’en dire quelque chose?
- Il est Esprit, Celui que tu adores.

- Brise légère, vent impétueux, dites-moi quelque chose de Celui à qui vous êtes soumis?
- Nous te dirons qu’il est insaisissable, mais qu’il te caresse  et qu’il veut parler à ton cœur.

- Vous, tonnerre et éclairs, que dites-vous de Lui?
- Sa toute -puissance, grondèrent-ils!>>

Un peu secoué, quittant les choses du ciel, je m’adressai tour à tour aux végétaux et animaux de la terre; voici ce qu’ils m’apprirent :

<< - Il est beauté, me dirent les fleurs.
- Majestueux, me dit le cèdre, ses branches battant gracieusement l’air comme pour acquiescer.
- Source d’eau vive, murmura le ruisseau.
- Il est ton roi, rugit le lion tapi dans l’herbe haute.
- Sagesse, renchérit la chouette dans un hululement fort sonore.
- IL est toute bonté, me chanta, tant bien que mal, l’oiseau un fruit sec à son bec.
- Éternel, cria la montagne dans un écho lointain et persistant. >>

J’entendis encore :<< Il est abri, cherchant un peu, je me rendis compte que ça venait d’une grotte du rocher.

- Il est le Bon Pasteur, me dit encore l’agneau dans un bêlement assuré. >>

Puis, tout à coup, je m’aperçus que toute la création criait, chacun à sa façon une facette de leur Père.

Bizarrement cependant, je remarquai qu’un seul animal très têtu ne disait rien et ne bougeait pas. Alors moi, avec mon orgueil d’homme, je l’interpellai :

<<Eh! Toi… Oui, toi, âne bête, n’as-tu rien à dire du Créateur? >>

L’âne, tête basse, de me répondre :

<< Un jour, je porterai sa Mère sur mon dos jusqu’au lieu où il se fit enfant pour toi; puis je le réchaufferai du mieux que j’ai pu du souffle de mes naseaux. Quand il fut devenu pleinement homme, je le porterai en une ville où vous l’avez acclamé comme étant l’Envoyé du Seigneur.

Aujourd’hui, si je suis têtu, c’est pour protester de ce que vous avez fait de lui sur cette croix, alors qu’il devenait votre Sauveur et priait son Père de vous pardonner. Si je suis bête, c’est afin de vous rappeler que parfois, ô homme, vous ne comprenez pas non plus! >> Luc

Le Messager de Saint- Antoine Juin 2021

lundi 31 mai 2021

Le beau rêve de Jeanne :

 


Auteur : Christiane | Ouvrage : Et maintenant une histoire

Vaillance, devoir d’état

Geneviève, sa quenouille tenue nonchalamment, laissait errer son regard par -delà la grande plaine de Champagne qui s’étendait au pied du château. Dieu, que c’était donc ennuyeux de filer ainsi tout le jour tandis que les armées livraient bataille à l’ennemi ! Un gros soupir, lourd de tous ses désirs, s’exhala des lèvres de Geneviève.

« Ah ! Si je connaissais Jeanne, j’irais la trouver et lui demanderais de me prendre avec elle. »

Cette réflexion, prononcée à voix haute, attira sur la fillette, presque une jeune fille déjà, les regards de dame Éloïse, sa mère, qui, en face d’elle, était occupée à une broderie d’autel.

« Que feriez-vous à guerroyer avec les gens d’armes ? Vous ne savez pas monter à cheval et le premier boulet vous ferait pousser de tels cris d’effroi que vous ne sauriez rester dans la bataille. »

D’un geste orgueilleux, Geneviève a relevé la tête :

« Pourquoi alors Jeanne y reste-t-elle ?

— Jeanne, mon enfant, fut mandée par Dieu pour délivrer le royaume.

— Eh bien ! Pourquoi ne le serais-je pas aussi ? »

Pourquoi pas moi ? Voilà ce qui revenait sans cesse à l’esprit de Geneviève ; et s’obstinant dans son rêve orgueilleux, elle formait des projets insensés, n’écoutant pas les sages conseils que dame Éloïse, alignant ses points de broderie, lui prodiguait.

* * *

Dans la ville pavoisée, il y a grande animation : d’immenses tapis recouvrent les dalles de la cathédrale, les portes sont tendues de velours écarlate, chacun s’affaire, pavoisant sa demeure pour faire digne accueil au Roi et à Jeanne, car c’est demain que la bonne ville de Reims reçoit le souverain et la Pucelle ; c’est demain, dans la grande cathédrale, que le Roi sera couronné. Geneviève bout d’impatience ; anxieuse, elle scrute la route et répète à Yolande, sa blonde amie :

« Il faut que je vois Jeanne, elle doit passer par ici ce soir, je veux l’aider à sauver le royaume.

— Ne fais-tu donc aucun cas de ce que ta noble mère te disait hier encore, ma pauvre Geneviève ; tu peux tout aussi bien sauver notre France en étant une femme filant la laine et le lin.

— La laine et le lin n’ont jamais fait reculer l’ennemi… Oh ! Tiens ! Regarde ; voilà Jeanne qui s’avance sur son grand cheval blanc ; vois son oriflamme qui claque dans le vent et dont les lettres d’or rutilent au soleil.

— Il a dû être dans bien des batailles. Vois, Geneviève, là, de ce côté, la soie bleue est déchirée et les lettres d’or en sont toutes effilochées. Si j’osais…

— Si tu osais ?

— Je le lui raccommoderais ! »

Un éclat de rire moqueur salua l’idée de Yolande.

« Mais, ma pauvre petite, tu n’y connais rien du tout, c’est bien mieux ainsi ; il n’en est que plus glorieux.

— Peut-être ! Mais le sacre de demain ? »

Yolande n’acheva pas sa phrase, Jeanne arrivait devant les deux amies et descendait de cheval. Geneviève déjà s’était précipitée à sa rencontre tandis que Yolande, rougissante de joie, ployait le genou devant la Pucelle qui gentiment lui tendit les mains. Geneviève pourtant, impatiente, ne put garder son désir plus longtemps :

« Jeanne, vous que dans toute la ville on a surnommée la Vaillante, voulez-vous de moi pour combattre à vos côtés ? Je voudrais tant vous aider à sauver le royaume. »

Alors, le regard de Jeanne se posa, soudain sévère, sur Geneviève :

« Soyez active ménagère, bonne pour les orphelins, charitable aux pauvres ; apprenez à filer la laine et le lin, à repriser les hauts-de-chausses. C’est ainsi que vous pourrez m’aider. Tenez — acheva Jeanne avec un beau sourire — voyez mon oriflamme, un coup d’épée en a déchiré la soie ; voulez-vous m’y faire la réparation nécessaire ! Si vous savez mettre tout votre cœur dans les quelques points que vous ferez, avec lui vous serez à la gloire demain, comme il a été et sera encore dans bien des combats. »

Geneviève sentit le rouge envahir son front, tandis qu’elle avouait son ignorance, jetant un regard suppliant vers Yolande. Alors la bonne fillette s’avança, avec un respect religieux se saisit du précieux oriflamme, et à la suite de Jeanne pénétra dans le château.

Et quelques instants plus tard, on pouvait voir dans l’embrasure de la petite fenêtre une tête blonde penchée sur la soie bleue, réparant avec amour les lettres d’or : « Jhésus-Maria », tandis que Jeanne confiait à Geneviève l’ardent désir qui envahissait son cœur et qu’elle comptait bien réaliser quand sa mission serait terminée : s’en retourner filer la laine en gardant les moutons dans son petit village de Domrémy.

Geneviève jamais n’oublia la confidence de Jeanne la Guerrière, et chaque jour vit désormais la petite châtelaine de Champagne s’appliquer de son mieux à servir Dieu et la France, en accomplissant avec amour sa tâche de tous les jours.

Christiane.

https://www.maintenantunehistoire.fr/le-beau-reve-de-jeanne/

samedi 29 mai 2021

NE CHERCHE PAS À COMPRENDRE L’AMOUR, VIS-LE, DIT LE PETIT PRINCE

 


“– Moi aussi je te veux, dit la rose

– Ce n’est pas pareil…, répondit le Petit Prince

… vouloir, c’est c’est prendre possession de quelque chose, de quelqu’un. C’est chercher chez les autres ce qui peut remplir nos besoins personnels d’affection, de compagnie… Vouloir, c’est chercher à faire nôtre ce qui ne nous appartient pas, c’est s’approprier ou désirer quelque chose pour nous combler, parce qu’à un moment donné, quelque chose nous manque.

Aimer, c’est désirer le meilleur pour l’autre, même s’il a des aspirations différentes des nôtres.

Aimer, c’est permettre à l’autre d’être heureux, même si son chemin est différent du mien. C’est un sentiment désintéressé qui naît d’un don de soi, c’est se donner entièrement à partir de notre coeur.

Quand on aime, on donne sans rien demander en échange, pour le simple et pur plaisir de donner. Mais il est aussi certain que ce don, ce don de soi, complètement désintéressé, ne se fait que quand on connaît. Nous ne pouvons aimer que ce que nous connaissons, parce qu’aimer veut dire se jeter dans le vide, faire confiance à la vie et à l’âme. L’âme ne s’achète, ni se vend. Et connaître, c’est justement tout savoir de toi, de tes joies, de ta paix, mais aussi de tes contrariétés, de tes luttes, de tes erreurs. Parce que l’amour transcende les disputes, la lutte et les erreurs, l’amour, ce n’est pas uniquement pour les moments de joie.

Aimer, c’est la confiance absolue que, quoi qu’il se passe, tu seras toujours là. Non parce que tu me dois quelque chose, non par possession égoïste, mais juste être là, en compagnie silencieuse.

Aimer, c’est savoir que le temps n’y changera rien, ni les tempêtes, ni mes hivers.

Aimer, c’est donner à l’autre une place dans mon coeur pour qu’il y reste comme un père, une mère, un fils, un ami, et savoir que dans son coeur à lui, il y a une place pour moi.

Donner de l’amour ne vide pas l’amour, au contraire, il l’augmente. La manière de donner autant d’amour, c’est d’ouvrir son coeur et de se laisser aimer.

– J’ai compris, dit la rose

– Ne cherche pas à comprendre l’amour, vis-le, dit le Petit Prince.”

 Extrait du livre “Le Petit Prince”, d’Antoine de Saint-Exupéry


Évangile de Jésus-Christ selon Saint Matthieu 28, 16-20.

 Dimanche de la Sainte Trinité, Dieu : Père, Fils, et Saint-Esprit

En ce temps-là, les onze disciples s’en allèrent en Galilée, à la montagne où Jésus leur avait ordonné de se rendre. Quand ils le virent, ils se prosternèrent, mais certains eurent des doutes. Jésus s’approcha d’eux et leur adressa ces paroles : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. »``

Questions pour une réflexion personnelle puis un partage en groupe 

 1. Évangile signifie « bonne nouvelle ». Quelle est pour moi la « bonne nouvelle » que j'ai envie d'annoncer aux autres ?

2. Les disciples « virent Jésus et se prosternèrent » et en même temps « certains eurent des doutes ». Cela me paraît normal ? Quelle est mon expérience ? La foi, est-ce tout voir, tout comprendre ? Le chemin du croyant passe-t-il par des remises en questions ?

3. « Allez donc ! » Comment je comprends cette parole de Jésus ? Est-ce que je me sens « disciple » ? « missionnaire » ? « témoin » ? « envoyé »?

4. Jésus nous dit « Je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde ». Je me laisse toucher par cette parole. Je nomme les lieux où le Christ se révèle présent dans ma vie, hier comme aujourd'hui. Quel est celui que je désire partager aux autres ?

 Petit commentaire : TRINITÉ : AU CŒUR DU BAPTÊME

 Nous sommes envoyés manifester au monde le Dieu Trinité. Il ne s’agit pas d’abord d’annoncer une vérité. Moins encore d’expliquer l’inexplicable de ce Dieu qui défie nos logiques mathématiques.

 Baptiser au nom du Père, du Fils et de l’Esprit Saint, c’est mettre les hommes en relation avec le Dieu Amour.

 Le Père qui nous a créés est présent à nous en tout ce que nous vivons. Il se réjouit de nos joies et compatit à nos détresses jusqu’à nous donner son Fils.

 Le Fils est venu parmi nous, et il reste parmi nous jusqu’à la fin des temps. Il nous permet sans cesse de passer de la mort à la Vie grâce à l’Esprit qu’il nous transmet.

L’Esprit répandu dans nos cœurs vient nous faire vivre de la vie divine. Il nous transforme de l’intérieur pour nous reconduire vers le Père.

 Ne cherchons pas à comprendre la Trinité.

Laissons-nous prendre par elle, comme à notre baptême.

Une méditation en trois questions…
… pour les grands et les petits !

 Accueillir l’Évangile :

Jésus nous donne une double mission : laquelle ?

Comprendre sa foi :

Pourquoi chacune des deux parties de cette mission est-elle importante ?

Vivre avec Jésus :

Ai-je une relation avec chacune des personnes de la Trinité ?

https://www.abbayedemaylis.org/2018/05/24/trinite-au-coeur-du-bapteme/


dimanche 23 mai 2021

La belle histoire de saint Tropez

 


Auteur : Filloux, H. | Ouvrage : Au cœur de la Provence.

Un étrange équipage

Dans le golfe paisible de Saint-Tropez vint aborder un jour le plus étrange équipage qu’on ait jamais vu. Les vagues durent être bien étonnées de porter si curieuse barque : ni vergues, ni mâts. A la proue, un pauvre coq tout apeuré, crête pâle, plumes hérissées. A la poupe, un chien de berger qui jette de tous côtés des regards inquiets. De gouvernail, de pilote, point. Mais une main invisible semble conduire la barque car elle ne se détourne point de sa route et va droit au port. Des ailes d’anges la poussent doucement sur l’eau tranquille où se mirent les étoiles. Derrière elle, miroite un long sillage d’argent. Silencieusement glisse la barque mystérieuse… Les trois ou quatre pêcheurs qui surveillent, là-bas, leurs filets, les yeux fixés sur le carreau de liège, n’ont point détourné la tête.

Tout dort au village. Soudain, une femme pousse sa porte, frappe chez sa voisine.

— Eh ! voisine, réveillez-vous !

Bientôt la rue est en alerte et le quartier et le port. On entoure la commère qui, d’un air encore effaré, avec de grands geste, conte son songe.

— J’ai vu une barque, bonne Mère, sans voile ni gouvernail, avec un coq et un chien comme équipage. Elle se dirigeait vers le port. Elle porte le corps d’un saint martyr !

Quelques jeunes pêcheurs ont souri et haussé les épaules.

— Un coup de soleil, la vieille, t’a tourné la cervelle !

Cependant, tout ce peuple, curieux et avide d’aventures a gagné le port. Là-haut, les étoiles pâlissent ; une grande clarté blanche se lève sur la mer. Les vagues viennent battre la grève à petits coups réguliers. De barque, point… Là-bas, deux bateaux de pêche qui rentrent à force de rames.

— Cocorico !

Eh ! péchère ! La femme ne s’est pas trompée. Guidés par le chant sonore, hommes et femmes vont par les galets, fouillant des yeux la moindre crique.

— La voilà !

Sans voile ni gouvernail, un coq à la proue ; à la poupe, un chien. C’est bien la barque du songe. Une grande crainte religieuse saisit ces âmes simples ; des pêcheurs se hâtent vers la barque, regardent, anxieux. Au fond, repose un corps, le corps d’un homme jeune, décapité, couvert de plaies, les bras liés.

Les femmes se signent. Une profonde émotion étreint ces braves gens. Il y a là quelque merveilleuse histoire : c’est un signe divin. Aux pêcheurs de Saint-Tropez, le Seigneur confie le corps de son martyr, de son témoin. Qui est-il ? D’où vient-il ? Qu’importe ? C’est le Ciel qui l’envoie. Avec de grands soins, on a pris le corps, on le lave, on l’ensevelit pieusement.

Cela se passait au Ier siècle, alors que de l’autre côté de la mer, à Rome, le terrible empereur Néron se faisait un jeu cruel de torturer et de mettre à mort ceux qu’on appelait les chrétiens, les disciples de Jésus, le Christ.

Un magnifique jeune homme, ce Tropez, soldat de grande bravoure, officier du palais de l’empereur de Rome, le cruel Néron. Grand par son courage, Tropez est plus grand encore par sa foi ; converti par le grand apôtre Paul, il se prépare avec ferveur à recevoir le baptême.

L’empereur a parfois d’étranges fantaisies. N’a-t-il pas imaginé de faire tomber la pluie dans le temple de Diane, grâce à un système compliqué d’arrosage.

— La Déesse fait des miracles, annonce-t-il au peuple, triomphant.

Une telle insulte au Dieu tout-puissant fait bondir le bouillant Tropez.

— Que dis-tu, ô César, ose-t-il répliquer, il n’y a qu’un seul Dieu, qui a fait le ciel et la terre.

NÉRON. — Qui te fait parler ainsi ?

TROPEZ. — L’Esprit de Dieu.

NÉRON. — Pourquoi renonces-tu à nos dieux ?

TROPEZ. — Parce qu’ils sont de terre et de bois.

L’empereur sent la rage lui monter au cœur. Comme volontiers il briserait de ses propres mains cet entêté, mais c’est son meilleur officier, le plus brave, le plus fidèle ! Il reviendra de sa folie.

— Demain, tu auras à choisir. Réfléchis.

Tropez n’a pas à réfléchir. Il va vite recevoir le baptême des mains d’un saint ermite et passe la nuit en prières.

… L’amphithéâtre est rempli d’une foule curieuse. Tropez est amené dans l’arène. Qu’il est beau dans sa jeune vaillance ! Quel fier regard ! La porte des fauves est ouverte : un lion s’élance, farouche, affamé. Tropez fait un grand signe de croix. Le lion tombe, raide mort. La foule trépigne…

Voici un léopard qui s’avance de sa démarche souple, les yeux flamboyants. A la vue du fier chrétien, il s’arrête, lèche les pieds nus du jeune homme. La foule hurle…

Ce n’est point Néron qui préside au supplice de Tropez. Il a dû quitter la ville. Mais son préfet n’est pas moins cruel. Il fait attacher le chrétien à une colonne. Déjà le fouet se lève, les lanières sifflent. La colonne se renverse sur le bourreau. La foule crie au prodige. Alors, pour en finir, le préfet ordonne de décapiter Tropez. Son corps, comme suprême injure, sera traité comme celui des criminels qui osent porter la main sur leurs propres parents. On le jette, lié, dans une barque avec un coq et un chien qui le dévoreront. La foule accompagne l’étrange barque jusqu’au fleuve l’Arno qui va l’entraîner vers la mer…

Cette scène se passait, en effet, à Pise, en Italie, où, aujourd’hui encore, on vénère la tête du martyr.

Le petit port de Saint-Tropez a fait aussi de grands honneurs au corps saint. Le village et le golfe ont pris son nom. Rentrons dans la vieille église où l’on garde pieusement le buste de saint Tropez, au-dessus de la barque où se dressent le coq et le chien.

Il a fière allure, le grand soldat, un peu enluminé sans doute, mais lorsqu’on le porte en procession, sous le bleu du ciel, dans l’ardent soleil, ces couleurs sont si joyeuses ! C’est la « bravade », la grande fête de Saint-Tropez, où, comme hommage au brave soldat, les bravadeurs savent faire parler la poudre par le canon de leurs vieux tromblons.

 https://www.maintenantunehistoire.fr/la-belle-histoire-de-saint-tropez/