dimanche 10 novembre 2019

Le petit jardinier aux cheveux d'or


Il était une fois un homme sauvage à la peau brun-rouge comme du fer rouillé. On l’avait trouvé, allongé, au fond d’un marais. Le roi l’avait fait mettre en cage, devant son château. La clé de la cage, c’est la reine qui la gardait.
Tous les jours le petit prince vient jouer autour de la cage avec sa balle d’or.
Un matin, la balle tombe dans la cage. L’homme sauvage refuse de la rendre à moins que l’enfant ne lui ouvre la porte.
« La clé est cachée sous l’oreiller de ta maman ! »
Le petit prince veut sa balle ! Il vole la clé et ouvre la cage. Mais quand il voit fuir l’homme sauvage, il prend peur et crie : « Ne m’abandonne pas ! »
Alors l’homme revient sur ses pas, et prend l’enfant sur ses épaules.
Après une longue marche, l’homme s’arrête au cœur d’une sombre forêt. Il dit au garçon : « Tu n’as rien à craindre. J’ai des trésors plus grands et plus beaux que ceux des rois de ce monde. Ils seront pour toi si tu m’obéis. »
Au lever du jour, l’homme sauvage montre à l’enfant une source d’eau cristalline dans laquelle nage un petit poisson aux écailles d’or. « Veille bien que rien ne souille la source ! Je viendrai vérifier ce soir. » 
Le petit prince fait très attention que rien ne tombe dans l’eau claire. Très, très attention ! Mais il finit par trouver le temps long. N’avoir rien à faire, c’est très ennuyeux ! Il se met à contempler son propre reflet. Il se trouve beau. Une mèche de ses longs cheveux glisse et vient frôler la surface de l’eau. Aussitôt, toute sa crinière prend la couleur flamboyante de l’or.
Le garçon cache vite ses cheveux sous son bonnet. C’est peine perdue car l’homme sauvage à son retour sait déjà tout.
« Tu n’as pas réussi l’épreuve ! Tu ne peux pas rester avec moi. Il te faut partir dans le vaste monde. Tu y apprendras ce qu’est la misère. Cependant je t’accorde une faveur. Si tu es en grande difficulté, va dans la forêt et crie : « Jean-de-Fer » ».
Le prince s’en va par les chemins, ses cheveux d’or sous son bonnet de laine.
Il erre longtemps. Il parvient enfin au château d’un roi où on l’engage comme jardinier.
Comme il garde son bonnet sur la tête jour et nuit, prétextant une hideuse maladie, les autres valets se moquent de lui et le méprisent.
Or un jour qu’il se croit seul au jardin, voilà qu’il enlève son bonnet de laine pour se rafraîchir. Le soleil fait un ricochet sur sa chevelure pour venir briller comme un éclair d’or dans la chambre de la fille du roi.
La jeune princesse court à sa fenêtre, voit les cheveux d’or du jardinier et tout aussitôt réclame un bouquet :
« Hé, toi le gamin là, monte-moi des fleurs ! »
Le garçon remet son bonnet en hâte, cueille un bouquet de pensées sauvages et le porte dans la chambre de la jeune fille.
« Ôte ton bonnet, impoli que tu es ! »
« Je ne peux pas, j’ai la teigne ! »

Bondissant vers lui, rieuse et légère, elle lui arrache le bonnet. Et alors la chevelure d’or apparaît dans tout son éclat et la chambre entière est illuminée.
De ce jour la princesse exige un bouquet frais chaque après-midi et que ce soit le petit jardinier qui le lui monte dans sa chambre.
Le temps coule doux !
Mais voilà la guerre qui rôde aux frontières. Chacun veut se battre. Défendre le roi ! Même le petit jardinier teigneux ! Les valets se moquent et ne lui laissent qu’un cheval boiteux pour aller au front.
Le garçon enfourche bravement son cheval et va dans les bois. De toutes ses forces, par trois fois, il crie : « Jean-de-Fer ».
L’homme sauvage surgit : « Que veux-tu ? »
« Un coursier puissant pour faire la guerre ! »
« Tu l’auras, et bien plus encore ! »

Un étalon blanc bondit des fourrés. Puis vient une troupe de cent cavaliers aux armes luisantes. Le garçon revêt une armure aux reflets de lune et hop ! saute en selle !
Sur le front, les troupes du roi se font massacrer. Le beau cavalier aux cheveux dorés charge l’ennemi avec ses soldats. L’assaut est violent. Les armes cliquètent. Les cris fusent. Le sang gicle.
L’ennemi vaincu sonne la retraite. Le roi a gagné, son trône est sauvé.
Le beau cavalier aux cheveux dorés disparaît dans les bois. Ses soldats aussi. Et le teigneux revient au palais sur son cheval boiteux.
Le roi se demande qui est l’étranger aux cheveux dorés auquel il doit tout. Il aimerait bien le récompenser. Il en parle à sa fille. La princesse a une idée :
« Père, annoncez dans tout le royaume que j’épouserai celui qui pourra attraper au vol la balle d’or que je lancerai. »
Dès le lendemain, tous les jeunes gens sont sur la pelouse devant le palais pour tenter leur chance. Au balcon, la princesse attend. Surgit un seigneur en habit rouge sur un cheval rouge. La princesse lance la balle d’or. Le cavalier, d’un bond, l’attrape au vol et s’enfuit. Mais son heaume tombe et sa chevelure luit de mille feux mordorés.
Le roi est vexé. Pourquoi le bel inconnu se moque-t-il ainsi de lui ?
La princesse dit : « Calmez-vous mon père, et faites appeler votre jardinier, oui, le petit teigneux, je crois qu’il a quelque chose à vous montrer. »
Le roi ne comprend rien mais il ordonne qu’on aille chercher le teigneux au jardin.
La princesse dit alors:
« Petit jardinier ôte ton bonnet pour l’amour de moi ! »
Le garçon ôte son bonnet de laine et sa chevelure étincelle.
Dans sa poche il prend la balle d’or et en riant, il la montre à toute la cour.
Les gens s’extasient, les cloches sonnent. Quant à la princesse, ses joues sont toutes roses et ses yeux brillent.
On les marie dès le lendemain, sans autre question.
Pendant le banquet, tout soudain, les portes s’ouvrent : un seigneur imposant et magnifique entre. Il dit au marié : « Je suis l’homme sauvage, je suis Jean-de-Fer. Un sort m’accablait. Par ton beau courage, tu m’as délivré. Désormais tous mes trésors sont à toi ».

Classification AaTh : 314 (The Magic Flight : the Youth Transformed to a Horse). Le Petit jardinier aux cheveux d'or ou le Teigneux (selon Paul Delarue).

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