samedi 13 avril 2019

Le beau chardon d'Aliboron d'après un conte de May d'Alençon


Aliboron, le petit âne gris, n'aimait pas les vacances. C'est drôle ? Non.
Pendant les vacances, les maîtres d'Aliboron partaient en voyage, ils emportaient le chat et son panier, le chien et son collier, le perroquet et son perchoir, les malles et les valises...mais...ils n'emmenaient pas Aliboron qui s'ennuyait tout seul dans son pré. C'est pour cela qu'il n'aimait pas les vacances. Oh ! Le pré d'Aliboron n'était pas triste, au contraire. C'était un vaste clos planté de pommiers où poussait une herbe fine et serrée, parsemée de trèfle et de pâquerettes. Aliboron pouvait y courir, y brouter, y dormir tout à son aise.
Mais...défense de sortir ! Il y avait autour du pré trois rangs de fil de fer hérissés de pointe et qui s'y frotte s'y pique ! Les vacances d'Aliboron, après tout, se seraient passées agréablement, si, un jour qu'il galopait autour de son pré comme un cheval de cirque il n'avait perçu, dans le champ du voisin, un beau chardon.

-Hi-han ! Hi-han ! Halte-là ! ...cria le petit âne gris, tout joyeux, en s'arrêtant si brusquement que son arrière train faillit passer par dessus sa tête. Comme tous les ânes Aliboron adorait les chardons. Il resta immobile à regarder celui qui poussait de l'autre côté de la clôture.
Ah ! S'il n'y avait pas eu de fils de fer bardés de pointes ! Kirikiki ! Dit un petit oiseau gris, qu'on appelle chardonneret parce qu'il mange les graines de chardon. Kirikiki ! Qu'est-ce que tu fais là sans bouger ?

- C'est le chardon... dit Aliboron et son envie de manger le chardon était tel que la salive coulait de ses lèvres jusque par terre.

Le petit oiseau s'envola et se posa sur la fleur rose du chardon. Il se mit à la becqueter si fort qu'il fit voler de tous côtés une multitude de petits parachutes. Poussées par le vent, les graines s'engouffrèrent dans le nez d'Aliboron qui reniflait d'envie.

Alors, Aliboron fourra sa tête entre les deux fils de fer barbelés, puis ses pattes de devant, puis son corps et les deux autres pattes, la queue enfin et passa.
Il passa, mais dans quel état, tout égratigné. Il laissait à chaque ronce de la clôture une touffe de ses jolis poils gris.
Le petit oiseau surpris, s'envola et le chardon, en se redressant, gifla le nez d'Aliboron qui en ferma les yeux.
Lorsqu'il les rouvrit, il resta tout ébloui... Ce n'était pas un chardon qu'il y avait, dans le champ du voisin, mais dix,
vingt, cent chardons ! Le petit âne gris se mit à gambader de joie, à courir et il en oubliait de manger.
Lorsqu'il eut bien gambadé et couru il s'arrêta, regarda cet océan de chardons, et se dit : « voyons, lequel vais-je goûter pour commencer ? » celui-ci ? Il n'est pas assez fleuri... celui là ? Il l'est trop !
Atchoum ! Atchoum ! Ce troisième est rabougri, ce quatrième est tout à fait à point, mais je vais le garder pour la fin. Autour du cinquième, il y avait une limace rouge. Aliboron ne pouvait se décider, tant et si bien qu'il arriva à la lisière du champ sans avoir rien mangé.
- « Tiens, un bois ! » dit Aliboron ! De l'autre côté de ce bois il doit y avoir un champ et, dans ce champ d'autres chardons. Je vais y aller voir ! J'ai toute la journée pour déjeuner !
Aliboron traversa le bois, déboucha sur un petit chemin, tourna la tête à droite, à gauche et se décida pour la droite. Il arriva en vue d'une ferme au toit rouge, il tourna encore à droite pour ne pas attirer l'attention des enfants qui jouaient devant la maison. Il s'engagea dans un champ de betteraves, mais n'en mangea pas car il ne voulait manger que des chardons. Il y en avait sûrement un peu plus loin. Mais c'est un épouvantail qu'il rencontra et comme il eu peur il partit au galop le long d'un champ de seigle. Enfin il se trouva devant un pré entouré de trois rangs de fil de fer barbelé. Le petit âne gris s'arrêta absolument ravi.
-Quel joli clos ! » Aliboron resta planté sur ses pattes, muet d'admiration et d'envie. Il avait soif et dans ce clos poussait une herbe tendre. Il avait chaud et sous les pommiers s'étendait une ombre fraîche. Et quel parfum se dégageait de ce clos enchanteur ! Le petit oiseau gris était là, perché sur un pieu.

« Kirikiki ! Qu'est-ce que tu fais ici sans bouger ?
C'est ce joli clos ! répond Aliboron. Mais, grand sot, c'est le tien » !
Alors il passa ses oreilles entre deux fils de fer, puis ses pattes de devant, son corps, les deux autres pattes et puis la queue. Il passa mais dans quel état !
Aliboron était revenu dans son clos, et il occupât le reste des vacances à se rouler dans l'herbe fraîche à l'ombre des pommiers.


Petit Âne poème

Petit âne au regard de feu
Emmène-moi dans tes jeux
Dans tes ruées dans tes gambades
Dans tes trots et dans tes balades

Je te confierai mes paniers
Je te confierai mes secrets
Je te confierai mes regrets
Petit âne au regard de feu
Emmène-moi dans tes jeux

Petit âne au regard de soie
Emmène-moi dans ta joie
Nous partirons à mille lieues
Dans la douceur d'un matin bleu

Tu porteras mes paniers
Tu porteras mes secrets
Tu porteras mes regrets
Petit âne au regard de soie
Emmène-moi dans ta joie

Petit âne au regard de fleur
Emmène-moi dans ton coeur
J'y cueillerai mille couleurs
J'y cueillerai mille senteurs

Tu enchanteras mes paniers
Tu enchanteras mes secrets
Tu enchanteras mes regrets
Petit âne au regard de fleur
Emmène-moi dans ton cœur

Christiane Richard


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